Le Premier ministre Jean-Claude Juncker sur l’Etat de la nation

Le Premier ministre Jean-Claude Juncker a débuté mercredi son discours sur l’Etat de la nation en se penchant sur les changements que subit actuellement le Grand-Duché.

«Rien ne va plus. Beaucoup de choses ont changé et certaines choses doivent changer», a martelé mercredi le Premier ministre à l’occasion de sa déclaration sur l’Etat de la nation. Il a dans ce contexte regretté l’affaire SREL (Service de renseignement de l’Etat ) et Bommeleeër qui ternit actuellement la confiance du pays. Il ne s’agit certes pas d’une crise d’Etat, mais l’Etat est tâché et perd en crédibilité. D’où la nécessité de réformer les Services secrets et d’introduire un code déontologique qui s’applique aux membres du gouvernement pour éviter de tels épisodes.

Pour ce qui est des finances de l’Etat, il faut admettre que la croissance stagne et ne fleurit plus comme avant. Le Premier ministre reste toutefois optimiste et espère que la croissance, actuellement réduite à 0,6 %, prendra du poil de la bête d’ici 2016.

D’ici là, le gouvernement compte continuer à investir dans l’éducation, évaluée à 9,7 milliards d’euros. Un domaine dans lequel le pays ne peut se permettre de faire des économies et réduire le déficit, a souligné Juncker. De même pour la formation, la recherche et l’innovation, également chères à l’Etat.

Le Premier ministre est en outre bien conscient que la fin en 2015 de la TVA réduite pour le commerce électronique aura des répercussions sur les recettes du gouvernement. Une raison de plus de consolider davantage, ceci pour plus tard 2016-2017, car la dette croît trop vite. Il faudra procéder à une réforme des impôts et de la TVA, sans toutefois pénaliser les classes moyennes. La Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) va dans ce contexte être réhaussée, tout en restant la plus basse de toute l’Union européenne. Mais augmenter la TVA ne suffira pas pour équilibrer les finances étatiques, a remarqué Juncker. « C’est facile à dire et difficile à faire », a-t-il toutefois reconnu.

Juncker a évidemment aussi évoqué le secret bancaire qui défraye actuellement la chronique. L’échange d’informations automatique n’est pas automatique. En d’autres termes, ce n’est pas une démarche qui va être réalisée à la hâte et n’entrera en vigueur qu’en 2015. D’ailleurs, l’idée ne date pas d’hier. Loin de là, le gouvernement se penche sur la question depuis l’année 2000, lors des accords de Feira.

Il va de soi que les résidents au Luxembourg ne seront pas affectés par cette mesure et pourront continuer à profiter du secret bancaire, a insisté Juncker. L’échange automatique d’informations concernera par contre les revenus des citoyens de l’Union européenne gérés au Luxembourg et tombant sous l’application de la directive européenne sur les revenus des capitaux.

Le Premier ministre prône également une société plus égalitaire. Le gouvernement augmentera de ce fait les aides sociales pour les familles à faible revenu et renforcera les possibilités de la formation continue. « Tout sera fait pour concilier vie professionnelle et vie familiale », a souligné Juncker. L’accessibilité aux structures d’accueil doit dans ce contexte être optimisée au maximum et le pouvoir d’achat garanti.

Le droit du travail ne sera en revanche pas rendu plus flexible, a martelé Juncker qui ne souhaite pas suivre l’exemple de l’Allemagne.

Le marché de l’emploi ne doit pas pour autant être délaissé, a souligné le Premier ministre qui  se soucie en effet de la situation des jeunes. Tout comme le cas des RMG (revenus minimum garanti) qui inquiète également Juncker. En effet, le Luxembourg dénombre actuellement 11 000 personnes qui profitent de cette mesure. « On a un sérieux problème », a-t-il déploré.

Enfin, une possible suppression du congé collectif a été effleurée. Juncker a dans ce contexte invité les acteurs concernés de se pencher sur cette question, car selon lui, tout change. Il ne voit pas pourquoi les travaux sont suspendus pendant les beaux et mauvais jours.

Le Premier ministre, désormais libéré de son devoir européen, a clôturé son discours en annonçant que dorénavant il aura plus de temps. Non pas pour faire plus de politique, mais plutôt pour plus expliciter, argumenter et plaider.