Intervention et réponses aux questions des médias du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors de la conférence de presse conjointe à l’issue des négociations avec le ministre des Affaires étrangères du Luxembourg Jean Asselborn, Moscou, le 25 février, 2014

лавр и ассель

Mesdames et Messieurs,

Avec mon collègue Jean Asselborn nous avons eu des pourparlers au cours desquels nous avons abordé les questions de l’ordre du jour bilatéral, ainsi que les problèmes internationaux.

Les relations entre la Russie et le Luxembourg se développent de manière dynamique. On peut constater l’intensification des contacts politiques, le renforcement de la base juridique, l’expansion du commerce, des liens économiques et culturels. Nous apprécions le dialogue avec le Luxembourg, qui était à l’origine des processus d’intégration pan-européens et continue de jouer un rôle actif sur le continent.

L’année dernière, le volume des échanges commerciaux entre les deux pays a augmenté de près de 20%. Le Luxembourg est classé troisième en termes d’investissement cumulé en Russie, ce qui représente environ 50 milliards de dollars. Nos indicateurs sont plus modestes — environ 7 milliards de dollars d’investissements russes au Luxembourg. Je pense que tout est encore devant nous.

Notre coopération suit la voie de modernisation (une déclaration conjointe sur le partenariat pour la modernisation a été signée en 2011), qui est mise en œuvre sous la forme de contacts entre les communautés d’affaires. Nous travaillons sur le renforcement des liens entre nos peuples, auquel contribuerait la reprise des vols réguliers. Les discussions à ce sujet sont en cours.

Avec le Luxembourg nous interagissons traditionnellement sur la scène internationale. Désormais cette interaction aura une plate-forme supplémentaire – le Luxembourg est devenu membre non-permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Aujourd’hui nos entretiens ont porté sur les dossiers à l’ordre du jour du Conseil de sécurité où le Luxembourg assure la présidence au mois de mars 2014.

Nous avons examiné l’état et les perspectives des relations entre la Russie et l’UE. Ici, nous avons une des priorités traditionnelles – le dialogue énergétique, la libéralisation des visas, la préparation d’un nouvel accord de base. Nous avons discuté de l’initiative du président russe Vladimir Poutine, qui a proposé de clarifier le but de promotion de l’espace économique et humanitaire commun de Lisbonne à Vladivostok. Lors du sommet Russie-UE à Bruxelles, le président Vladimir Poutine a suggéré de lancer le travail sur la création d’une zone de libre-échange entre l’Union européenne et l’Union économique eurasiatique d’ici 2020, qui sera mis en place dans un an. Nos partenaires européens ont soumis cette idée à l’examen. Nous croyons que la participation d’un si énorme potentiel de coopération entre la Russie et l’UE serait bénéfique pour tous les pays et les peuples du continent européen. Bien sûr, ceci aurait permis d’engager les pays non-membres de l’UE et ceux qui ne font pas partie de l’Union économique eurasiatique émergente, dans la coopération et le dialogue actif. Cela s’applique également à l’Ukraine.

Nous avons évoqué aujourd’hui les événements dans ce pays. Nous sommes très préoccupés par le fait que les processus n’évoluent toujours pas d’une manière constructive. La Russie a confirmé sa position de principe qui est de ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures de l’Ukraine. Nous espérons que tout le monde s’en tiendra à la même logique et utilisera ses contacts avec les diverses forces politiques ukrainiennes dans le but d’apaiser la situation et ne pas tenter de bénéficier de certains profits conjoncturels et unilatéraux à une étape où on a besoin d’un dialogue national et le retour de la situation dans le cadre légal.

Nous sommes d’accord avec nos partenaires luxembourgeois sur le fait qu’il est dangereux et contre-productif de tenter de forcer l’Ukraine à choisir sur le mode « soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous ». Nous sommes intéressés pour que l’Ukraine fasse partie de la grande famille européenne dans tous les sens du mot.

Nous avons discuté de la situation au Proche-Orient. Le Luxembourg a été l’un des co-auteurs de la résolution récemment adoptée par le Conseil de sécurité des Nations Unies sur l’allègement de la situation humanitaire en Syrie. Nous apprécions le travail fait par les co-auteurs, qui ont pris en compte nos amendements fondamentaux et ce qui a permis d’adopter la résolution par consensus.

Nous avons échangé des vues sur d’autres aspects de la situation dans la région – nous avons envisagé le programme nucléaire iranien, les questions de l’Afghanistan, qui seront examiné au Conseil de sécurité de l’ONU en mars, la situation en République centrafricaine, d’autres conflits sur le continent africain, qui seront également portés devant le Conseil de sécurité des Nations Unies au mois de mars 2014.

Je suis heureux de l’issue des négociations, qui ont confirmé notre intérêt commun de renforcer davantage la coopération mutuellement bénéfique.

Question: La partie ukrainienne propose de tenir une sorte de «conférence des donateurs» afin de stabiliser la situation dans le pays. Certains médias internationaux ont rapporté que l’UE n’était pas contre cette idée. La Russie est-elle prête à participer à cette conférence?

S.Lavrov: Le gouvernement russe, représenté par le Premier ministre Dmitri Medvedev et le ministre des Finances Anton Silouanov, a commenté à plusieurs reprises sa position quant à la « conférence des donateurs », et notre attitude envers la mise en œuvre d’un paquet d’aide financière convenu entre la Russie et l’Ukraine. Nous voulons comprendre qui fera partie d’un nouveau gouvernement ukrainien, et quel sera son programme, y compris dans le domaine de stabilisation de l’économie. A ce stade, il est très important d’assurer des conditions favorables à la reprise économique et le développement, ce qui exige la cessation immédiate de toute violence, le rétablissement de l’ordre et la réconciliation nationale. Nous voudrions comprendre l’attitude d’un futur gouvernement face aux défis qui se posent devant nos voisins ukrainiens.

Malgré tout, il est important de respecter les principes énoncés dans l’accord sur le règlement de la crise en Ukraine, signé le 21 février dernier. Il stipule que la police devrait quitter la rue, ce qui a été fait. Rien d’autre de cet accord n’a pas été respecté. Les militants ne libèrent pas les bâtiments, au contraire, ils exercent la fonctionne de maintien de l’ordre à Kiev. L’accord prévoit que pour la normalisation de la situation, il faut non seulement revenir à la Constitution de 2004 (ce qui est déjà fait — la Verkhovna Rada a adopté une loi à cet effet, bien que je laisse de côté la conformité aux procédures), mais lancer immédiatement une réforme constitutionnelle qui devrait éliminer une situation où, après chaque élection en Ukraine on changerait la Constitution.

Pour assurer le cadre juridique stable du développement de l’Etat ukrainien, cette réforme constitutionnelle doit garantir la participation de toutes les forces et les régions du pays politiques afin de prendre en compte les intérêts de tous les Ukrainiens. L’accord du 21 février prévoit que cette réforme devrait avoir lieu avant le mois de septembre, qui serait suivie par les élections présidentielles qui devraient être organisées jusqu’à la fin de l’année.

Pour l’instant nous n’avons entendu que la décision, de ceux qui font maintenant des lois au Parlement, que les élections présidentielles auront lieu le 25 mai. Cela signifie le non-respect des engagements pris auparavant. Nous tenons à comprendre ce qui se passe avec la réforme constitutionnelle et le processus qui doit réconcilier les Ukrainiens pour qu’aucune région et aucun citoyen de ce pays et ne soient pas négligés. Nous voulons vraiment obtenir une réponse à cette question, de plus que les radicaux menacent de se rendre dans les régions du pays qui expriment un désaccord avec les méthodes utilisées par l’opposition.

Notre objectif principal consiste à aider le peuple ukrainien fraternel. Nous attendons la composition d’un nouveau gouvernement et son programme. En dehors du composant politique, il y a un élément purement financier. Nous voulons que cette aide contribue à des réformes en Ukraine.

Question: Récemment, dans le cadre de la détérioration générale de la situation en Ukraine, la situation est devenue extrêmement tendue quant à la persécution de certains membres des médias — à la fois ukrainiens et étrangers, qui ne soutiennent pas le nouveau pouvoir en Ukraine. N’est-ce pas contraires aux normes européennes de démocratie, de droits de l’homme, de la liberté de la presse?

S.Lavrov: Nous sommes très préoccupés par les décisions de la Verkhovna Rada. Un de ses premières décisions a été l’abolition de la loi sur les langues, adoptée à la suite de la longue agonie en Ukraine, conformément aux exigences de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Cette loi donnait le droit aux minorités ethniques d’utiliser leur langue maternelle à leur travail et dans leur vie de tous les jours. Elle ne concernait pas que les Russes, mais aussi des Polonais, des Roumains et des représentants d’autres nationalités habitant sur le sol ukrainien. Cette loi est abrogée. La Russie a exprimé sa préoccupation à cet égard. Je suis sûr que l’UE est également préoccupée par cette situation.

Ce qui se passe autour des médias est également inquiétant. Nous sommes au courant de ce qui se passe à la chaîne de télévision « Inter », ainsi que des initiatives appelant à priver d’antenne les compagnies des pays non signataires de la convention européenne sur la diffusion transfrontalière. La Russie n’est pas membre de cette convention, ce qui ne nous empêche pas de diffuser en Europe et dans tous les pays de l’UE. L’adoption d’une telle décision serait une violation de la liberté d’expression. C’est pour cette raison que le Représentant de l’OSCE pour la liberté des médias D.Miyatovich a l’intention de venir en Ukraine pour faire face à cette situation.

Nous sommes intéressés à prévenir l’influence croissante des radicaux et des nationalistes, qui, profitant de la révolution, essaient de prendre des décisions qui ne répondent pas aux intérêts d’une partie importante de l’Etat ukrainien.

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