MAE de la Russie sur les référendums de Donetsk et de Lougansk

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Les citoyens des régions de Donetsk et de Lougansk ont le droit de prendre des décisions indépendantes sur des questions relatives aux problèmes vitaux pour ces régions, a indiqué ce lundi le ministère russe des Affaires étrangères.

Le ministère a rappelé que des référendums ont été organisés dans ces régions le 11 mai, malgré les tentatives des autorités de Kiev de saboter le scrutin. Le ministère russe des Affaires étrangères déclare que la mise en œuvre des résultats du référendum devrait se dérouler dans le cadre du dialogue entre Kiev, Donetsk et Lougansk.

Le ministère des Affaires étrangères a également déclaré qu’il attend de Kiev le déroulement des réunions urgentes avec les représentants des régions du Sud-Est. Selon Moscou, cela pourrait aider à stabiliser la situation en Ukraine.

Le refus de Kiev de dialoguer avec le sud-est du pays entrave la désescalade de la tension en Ukraine, a estimé le vice-ministre russe des Affaires étrangères Grigori Karassine à l’issue d’un entretien entre avec le chef de la délégation de l’UE à Moscou Vygaudas Ušackas.

« Côté russe, il a été souligné que le refus des autorités actuelles de Kiev d’engager un dialogue effectif avec les représentants des régions, notamment avec le sud-est de l’Ukraine, constituait un sérieux obstacle sur la voie de la désescalade et de la réconciliation dans le pays », lit-on dans le communiqué.

« Moscou espère que, conformément aux ententes enregistrées le 17 avril dernier à Genève et à la feuille de route préparée par le président en exercice de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) Didier Burkhalter, les partenaires européens et américains useront de leur influence sur les autorités en place à Kiev pour que les questions de l’organisation de l’Etat et du respect des droits des régions fassent l’objet d’une discussion dans l’immédiat, notamment avant l’élection présidentielle prévue le 25 mai », souligne le ministère russe des Affaires étrangères.

Intervention et réponses aux questions des médias du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov sur les referendums de Donetsk et Lougansk. Moscou, le 12 mai 2014.

Question: Dans l’Internet on diffuse largement votre déclaration, je cite : «En regardant les événements récents, je comprends que la République populaire de Donetsk est plutôt une organisation terroriste qui ne représente en aucune manière les intérêts de la population russophone de l’Ukraine. Nous continuons à plaider pour la fédéralisation de l’Ukraine, mais il est peu probable que la Russie reconnaîtra l’indépendance de Donetsk ». Est-ce que cette citation est exacte, et comment pourriez-vous la commenter? Comment qualifieriez-vous le référendum organisé dans les régions de Donetsk et Lougansk ? Quel impact aurait-il sur la poursuite du processus de règlement de la crise ukrainienne ?

S.Lavrov : La soi-disant « citation » de ma déclaration n’est qu’un simple mensonge. Je sais que le mensonge et la demi-vérité (qui est parfois pire que le mensonge) sont activement utilisés dans le cadre de la crise par les dirigeants ukrainiens qui se sont emparés du pouvoir à Kiev et leurs sponsors occidentaux. Cependant, ils ne sont jamais allés si loin. Probablement, l’ignorance présumée de certains faits n’est plus suffisante pour eux, car la vérité trouve toujours son chemin. Cela se produit grâce notamment aux journalistes russes qui, dans des conditions très difficiles, parfois au péril de leur vie, dévoilent la vérité sur les évènements à Odessa, sur les crimes commis, sur les tentatives d’appliquer le scénario d’Odessa à Marioupol, sur l’utilisation des « forces de Maïdan » et la Garde nationale, également formée des extrémistes, lors du référendum dans les régions de Donetsk et Lougansk, sur l’utilisation des armes contre les civils. Tout cela diffuse la télévision russe en direct. Vous ne trouverez pas ces images sur les chaînes respectés tels que CNN, BBC et bien d’autres.

Une fois de plus, nous voyons que les autorités ukrainiennes veulent établir un blocus de l’information pour les téléspectateurs et les auditeurs en remplaçant l’image objective par des mensonges inacceptables, comme celui que vous venez de citer.

Parlant de la nécessité de communiquer la vérité au moins à ceux qui prennent des décisions dans les capitales occidentales, je tiens à souligner le rôle d’ambassadeurs travaillant à Moscou. Je comprends qu’en Ukraine les chaînes de la télévision russe sont tout simplement coupées. L’Occident essaie de les « repousser » par la préparation des événements diffusés sur les principales chaînes de télévision. Mais les ambassadeurs étrangers à Moscou voient certainement ce que montre la télévision russe en direct. Je suis convaincu qu’ils sont obligés de rapporter à leurs capitales les faits qu’ils voient en direct. Sinon, cela ne sera plus un travail professionnel. Je n’ai aucun doute que Washington, Bruxelles et d’autres capitales européennes sont bien conscients des évènements en Ukraine. Il est d’autant plus décevant que nos partenaires occidentaux essayent de remettre tout «à l’envers » pour décliner toute la responsabilité pour les actions d’un régime qu’ils ont, en fait, mis au pouvoir, et remettre cette responsabilité à la Fédération de Russie. Bientôt un nombre d’observateurs objectifs vont constater que ces tentatives n’ont pas atteint l’objectif.

Si je comprends bien, bientôt les résultats officiels du référendum dans les régions de Donetsk et Lougansk vont être annoncés. Les résultats préliminaires ont été déjà annoncés. Il y a quelques minutes, le service de presse du Président de la Fédération de Russie, affirmant que nous suivions de près la préparation et le déroulement du référendum, notant une forte participation de la population, malgré les tentatives de perturber le vote, y compris l’utilisation des militants ultra-radicaux, l’armée, les armes lourdes qui, malheureusement, ont fait des victimes. Toutefois, les référendums ont eu lieu avec le taux de participation élevé. Selon nos informations, les résultats seront bientôt annoncés. Nous respectons l’expression de la volonté des populations des régions de Donetsk et Lougansk et partons du principe que la mise en œuvre pratique du résultat des référendums se fera de manière civilisée, sans aucune récidive de violence, par le dialogue entre les représentants de Kiev, Donetsk et Lougansk. Nous considérons qu’il est important d’encourager ce dialogue et nous nous félicitons des efforts de médiation, y compris sur la ligne de l’OSCE.

Question: Avez-vous l’intention de tenir une autre réunion quadripartite à Genève sur la situation en Ukraine? Quelles sont les perspectives de sa convocation?

S.Lavrov: Pour l’instant nous ne prévoyons aucune nouvelle réunion sur l’Ukraine. Nous aimerions voir la poursuite des efforts pour qu’ils se matérialisent rapidement dans un processus — je dis « un processus », car une nouvelle réunion dans le format quadripartite n’est pas très utile. A ce stade-là, lorsque les principaux acteurs semblent être d’accord sur les grands principes du règlement négociés lors de la réunion de Genève le 17 avril, nous plaidons pour ne pas répéter, mais développer ces principes en mesures concrètes qui devraient être prises par les parties en conflit – notamment, les autorités de Kiev et ceux qui sont en désaccord avec leurs politiques, en particulier les régions du sud-est de l’Ukraine.

J’ai entendu des déclarations du ministre par intérim des Affaires étrangères de l’Ukraine A.Deschitsa et du porte-parole de la Maison Blanche Jay Carney parler de la nécessité de garder le format quadripartite des négociations — avec la participation de la Russie, les Etats-Unis, l’Union européenne et les représentants des autorités actuelles de Kiev. J’estime que sans implication des opposants au régime à une conversation directe sur le règlement de la crise, on n’arrivera à rien. Ce principe est reconnu par mes collègues, dont le secrétaire d’Etat américain John Kerry, le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier, qui plaident en faveur du lancement d’un dialogue direct entre les parties ukrainiennes. Sur la même logique se base l’initiative, la soi-disant «Feuille de route», proposée par le Président de l’OSCE, Président de la Suisse D.Burkhalter après sa visite à Moscou, qui précise en détail les étapes pour l’organisation d’un dialogue national entre les représentants de Kiev, du Sud-Est et d’autres régions de l’Ukraine. Nous sommes convaincus que cela devrait être fait dès que possible. Il est dommage qu’à Washington et Kiev il y a ceux qui s’opposent à l’implication des régions dans un dialogue. C’est pourquoi, en dépit de la volonté de la Russie, la « feuille de route » faite par le Président de de l’OSCE, n’est pas annoncé publiquement. Ceci est une autre confirmation que Kiev n’est pas encore réalisé la nécessité de parler à son propre peuple. J’ai entendu dire que les dirigeants de Kiev ont annoncé le début d’un processus de consultation avec les administrations régionales et les autorités locales en vue de modifier la constitution. A ce jour personne n’est vu ce texte. Ils ont promis de le publier sur la base de leur travail « secret », organisé de manière non-transparent à la Verkhovna Rada, sans la participation des régions. Ils ont promis de publier ce texte environ deux semaines, puis une semaine plus tard. Maintenant il semble qu’ils auraient invité les régions à participer dans ce travail, mais le texte personne ne l’a toujours pu voir. Je ne suis pas sûr que cela soit possible dans l’avenir proche, mais il est primordial de convoquer un dialogue national sur la base des propositions faites par le Président de l’OSCE. Cela doit se faire en parallèle avec l’enquête des crimes, ce qui est également prévu dans la feuille de route, promue par la présidence suisse.