L’intervention et réponses aux questions des médias du ministre des Affaires étrangères de la Russie Sergueï Lavrov à la conférence de presse conjointe à l’issue des pourparlers avec le ministre des Affaires étrangères de l’Etat du Koweït Sabah Khaled Al Sabah, Moscou, le 11 octobre 2013

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Mesdames et Messieurs,

Nous avons eu une discussion utile qui a confirmé l’intention réciproque de renforcer davantage notre coopération, y compris le dialogue politique, le commerce et la coopération d’investissement, avec un accent particulier sur l’énergie et d’autres secteurs de la vie économique.

Nous avons convenu que l’intérêt mutuel de la part des milieux d’affaires de la Russie et du Koweït pour une action commune mérite tous les encouragements. Nous allons pousser nos hommes d’affaires à ce que leurs rencontres soient plus fréquentes et qu’ils développent des projets communs mutuellement bénéfiques à long terme. Nous espérons que ce genre de contacts entre les millieux d’affaires des deux pays seront fortement demandés, surtout vu des plans du Koweït de développer un nombre d’autres projets d’infrastructure à grande échelle, notamment dans le domaine de transports. Afin d’assurer le développement des relations économiques, commerciales et d’investissements d’une façon plus structurée et ciblée, nous avons décidé d’accélérer la reprise des travaux de la Commission mixte intergouvernementale sur la coopération commerciale, économique, scientifique et technologique entre la Russie et le Koweït.

Nous avons confirmé l’intérêt mutuel à développer la coopération dans le domaine de la science, la culture, l’éducation, le sport, l’amélioration des contacts de la jeunesse. Nous avons exprimé la satisfaction des résultats de la récente visite de la délégation de l’Université du Koweït en Fédération de Russie, qui a tenu des réunions dans un nombre d’universités russes, a signé l’Accord de coopération avec l’Académie diplomatique du ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie et l’Université de l’amitié des peuples, et a visité l’Université d’Etat de Saint-Pétersbourg. Nous avons décidé de soutenir pleinement et développer cette pratique.

Nous avons des approches identiques ou très proches aux problèmes régionaux au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Nous saluons le processus en cours de mise en œuvre des décisions de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) et du Conseil de sécurité de l’ONU sur le contrôle international de l’arsenal d’armes chimiques en Syrie et son destruction. Nous plaidons pour que ce travail continue, selon le calendrier, sans aucun problème. Nous mettons en garde contre toute provocation.

La Russie et le Koweït soutiennent la convocation rapide d’une conférence internationale sur le règlement syrien sans conditions préalables, dans le seul but de mettre pleinement en œuvre les accords du communiqué de Genève du 30 juin 2012. La Russie est convaincue que pour le succès de cette conférence il faut assurer la participation de ceux qui ont une influence réelle sur la situation en Syrie et autour d’elle, les côtés syriens. L’essentiel est de rendre les délégations syriennes representatives de point de vue des intérêts de toutes les couches de la société syrienne, comme il est, en effet, prévu dans le communiqué de Genève.

Nous avons hautement évalué les efforts des dirigeants de l’Etat du Koweït à fournir et à mobiliser de l’aide humanitaire au peuple syrien, y compris non seulement les réfugiés à l’extérieur de la Syrie, mais également des personnes déplacées à l’intérieur du pays, dont le nombre dépasse le nombre de réfugiés et qui ont un fort besoin d’aide. La Russie fournit aussi de l’aide humanitaire à la population civile en Syrie. Nous soutiendrons toute initiative qui vise à soulager les souffrances du peuple syrien en termes pratiques.

Nous apprécions l’attitude constructive de l’Etat du Koweït à l’initiative russe de promouvoir le concept de la sécurité et de la coopération dans la région du Golfe. Nous espérons que lors du prochain cycle de dialogue stratégique entre la Russie et le Conseil de coopération des États arabes du Golfe au niveau des ministres des Affaires étrangères nous serions en mesure d’examiner objectivement les moyens d’application de cette idée vu les nouveaux et parfois favorables facteurs du développement de la situation. Parmi ces facteurs sont, avant tout, les signes encourageants sur les perspectives du début des négociations de fond sur la solution pratique du problème du programme nucléaire iranien. Nous espérons que la réunion de la semaine prochaine entre l’Iran et l’AIEA, l’Iran et le groupe des «trois plus trois» va initier un mouvement vers la suppression de toutes les questions relatives au programme nucléaire iranien.

Un autre facteur est le travail déjà mentionné sur la destruction d’armes chimiques en Syrie. Le progrè dans ces domaines rend le problème de la convocation d’une conférence internationale sur la création d’une zone exempte d’armes de destruction massive au Moyen-Orient d’autant plus grave. Le retard dans la mise en œuvre des décisions existantes de convoquer une pareille conférence l’année dernière devient de plus en plus non-constructif en termes de la résolution de l’ensemble de problèmes compliqués de la région du Moyen-Orient. Nous espérons que tout le monde, dont cela dépend, va supprimer les obstacles et les barrières artificielles afin de préparer ladite conférence.

Parmi d’autres problèmes de la région nous avons, bien sûr, abordé le règlement israélo-palestinien. Nous sommes solidaires à ce que la reprise des négociations directes entre les Palestiniens et les Israéliens devrait se terminer par des ententes acceptables pour toutes les parties, fondées sur la base juridique international existante, y compris les résolutions du Conseil de sécurité, les principes de Madrid, l’Initiative de paix arabe, les solutions du «quartet» des médiateurs internationaux et les progrès réalisés à ce jour entre les parties.

J’espère que nous avons la même évaluation des pourparlers d’aujourd’hui comme très opportuns et utiles. Nous sommes mis d’accord avec mon ami et collègue de poursuivre notre dialogue et la coopération, y compris les contacts politiques à tous les niveaux.

Question: Comment voyez-vous la solution de la question syrienne suite à la destruction d’armes chimiques?

Lavrov: La Russie voit la solution du problème syrien de la façon dont elle est formulée dans la résolution 2118 du Conseil de sécurité des Nations unies. Ce document indique clairement que suite à l’adhésion du gouvernement syrien à la Convention pour l’interdiction des armes chimiques et les décisions de l’OIAC et de l’ONU il est nécessaire d’assurer la mise en œuvre correcte de toutes les procédures établies par des experts internationaux. La même résolution, sans aucune réserve ni conditions de la nature préliminaire, annonce l’appui du Conseil de Sécurité de la convocation rapide d’une conférence internationale pour que les Syriens eux-mêmes dans les délégations représentant l’ensemble de la société syrienne, se mettent d’accord sur la façon d’appliquer pleinement les dispositions du communiqué de Genève du 30 juin 2012. La résolution 2118 du Conseil de sécurité de l’ONU est basée sur la logique apparente qui réside dans le fait que la destruction précise et opportune d’armes chimiques en Syrie, ainsi que le processus qui est associé à la prise de contrôle sur des armes chimiques et leur destruction ultérieure, crée des conditions idéales pour le début de la mis en œuvre de l’initiative russo-américaine de convoquer une conférence internationale sur le règlement syrien.

J’ai tenu plusieurs réunions avec le secrétaire d’Etat américain John Kerry «en marge» des rencontres qui ont eu lieu en Indonésie et au Brunei. Nous avons clairement confirmé notre engagement à cette logique, fixée dans la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU et qui doit se terminer — le plus tôt ce sera le mieux – par une conférence sous le nom de «Genève -2″. Malheureusement, tous ne partagent pas l’approche qui met l’accent sur la mise en œuvre inconditionnelle de la résolution de l’ONU. Il y a beaucoup de personnages, à la fois au sein de la soi-disant «opposition syrienne irréconciliable», et dans les pays voisins et d’autres pays étrangers qui souhaitent éviter la convocation d’une conférence internationale, d’organiser des nouvelles provocations avec des armes chimiques, en blâmer le régime syrien et essayer à nouveau de forcer les pays occidentaux à poursuivre sur la voie de la menace de la force.

Il n’y a pas si longtemps il y avait des informations selon lesquelles des pays tiers avaient utilisé le territoire afghane hors du contrôle de Kaboul pour apprendre aux militants les méthodes de lutte contre le régime syrien, y compris ceux de travail avec des substances de guerre chimiques. Maintenant, il y a des rapports que cette activité criminelle peut affecter non seulement le territoire syrien, mais aussi d’autres Etats. Selon certains rapports, le groupe terroriste «Djabhat en-Nusra» envisage d’acheminer illégalement en Irak des substances toxiques et des spécialistes pour y organiser des actes terroristes.

Je voudrais rappeler à ceux qui veulent perturber le processus de désarmement chimique que la résolution 2118 du Conseil de sécurité de l’ONU impose la responsabilité pour la sécurité du processus et la mise en œuvre complète des décisions de l’OIAC et du Conseil de sécurité de l’ONU non seulement sur le gouvernement syrien, mais sur l’ensemble de l’opposition syrienne, ainsi que d’autres pays, en particulier les pays voisins, qui sont interdits d’utiliser leur territoire pour des jeux avec des armes chimiques. Ceux qui oseront violer les exigences du Conseil de sécurité des Nations unies doivent être conscients qu’ils en porteront la responsabilité.

Je m’excuse pour la longue réponse, mais il est important pour moi de non seulement raconter comment la Russie voit le règlement de la crise syrienne, mais aussi décrire des obstacles sérieux préparés par les adversaires du processus.

Cela impose une énorme responsabilité sur les Etats qui tiennent en tutelle de différents groupes d’opposition et qui seront chargés de veiller à ce que les actions de ces membres de l’opposition correspondent et ne contredisent pas aux dispositions des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.

Question: Ce matin, l’ambassadeur des Pays-Bas à Moscou a remis au ministère des Affaires étrangères de la Russie un rapport avec des explications sur les actions de la police néerlandaise contre le diplomate russe Dimitri Borodin. Est-ce que la Russie est satisfaite de ces explications, est-ce qu’elles sont suffisantes? Quelles seront les actions suivantes de Moscou?

Lavrov: Vous avez dit vous même que le soi-disant «rapport néerlandais» a été reçu ce matin. Nous nous sommes rencontrés ici même le matin et on s’occupait d’autres questions — nous avons eu des pourparlers avec le ministre des Affaires étrangères du Koweït.

Quand nos experts vont examiner le rapport, nous allons déterminer notre attitude. L’essentiel est que sans ce rapport la partie néerlandaise a reconnu (en fait, elle n’avait pas d’autre choix) qu’il y a eu une violation flagrante du droit international, notamment la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques.

Question : Est-ce que le Koweït est prêt à soutenir la participation de l’Iran dans la «Genève -2»?

Lavrov (répond après Sabah Khaled Al Sabah): Dans mon intervention j’ai parlé de la nécessité d’assurer la participation à la conférence «Genève-2″ de tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, ont de l’influence sur la situation en Syrie et autour d’elle. Ces derniers temps nous entendons de nos partenaires occidentaux, qui s’opposaient tout récemment à la participation de l’Iran, des déclarations de plus en plus réalistes. Ils faisaient référence au fait que la conférence «Genève-2» devrait être consacrée à la mise en œuvre du communiqué de Genève de l’année dernière, et l’Iran ne l’avait pas soutenu. Cet argument n’a jamais résisté à des critiques. De nombreux pays de la région, dont la participation à la conférence n’a jamais été remise en question par nos collègues occidentaux, ne supportent pas, malgré des déclarations verbales, l’idée de convoquer la «Genève-2», mais travaillent directement afin de perturber cet événement. Sans parler du fait qu’ils fournissent des armes à des groupes armés illégaux en violation du droit international, ce qui prolonge l’effusion de sang en Syrie.

Rappelez-vous que certains de ces pays ont été chagrinés et ne pouvaient même pas garder leurs émotions en public, à l’annonce de l’initiative russo-américaine sur la prise de contrôle sur les armes chimiques syriennes et leur destruction, ce qui a renforcé la possibilité de convoquer la conférence «Genève-2»? Ce n’a pas plu à beaucoup de monde. J’espère que des mesures disciplinaires seront appliqués aux opposants aux initiatives russo-américaines, qu’ils travailleront pour convoquer «Genève-2» et arrêteront leurs activités subversives.

Ces derniers temps, des arguments bizarres contre la participation de l’Iran cèdent place à une approche plus réaliste. Ceci est facilité par l’émergence de perspectives prometteuses pour les négociations sur le programme nucléaire iranien. Mais dans tous les cas, la participation de l’Iran à la Conférence de Genève est, bien sûr, une condition impérative, ainsi que la participation d’autres pays qui ont une influence sur les différents groupes syriens.