L’intervention et les réponses de M. S.V. Lavrov, Ministre des affaires étrangères de Russie, aux questions des médias au cours de la conférence de presse sur les bilans la session ministérielle du Conseil « Russie – OTAN », Bruxelles, le 4 décembre 2012

Mesdames et messieurs,

Nous avons eu la session du Conseil « Russie – OTAN » au niveau des ministres des affaires étrangères, l’entretien a été franc, entre des partenaires, dans l’esprit de confiance. Nous partageons la même compréhension de l’importance du mécanisme du Conseil pour l’examen des problèmes actuels du renforcement de la sécurité des pays –membres de l’Alliance Nord-Atlantique et de la Fédération de Russie, la sécurité n’étant pas assurée contre quelqu’un, mais aux intérêts de tous. Nous avons l’appréciation commune, des vues convergentes que notre coopération pratique dans plusieurs directions se développe avec un grand succès. Cela concerne la lutte contre le terrorisme, le trafic des stupéfiants, la piraterie, et aussi les aspects liés aux menaces en provenance de l’Afghanistan. Nous avons discuté les projets pour la période d’après 2014, lorsque les contingents des Forces Internationales de l’Assistance à la Sécurité (FIAS) quitteraient l’Afghanistan. La Russie voudrait savoir comment l’OTAN prévoit sa présence au pays après la date indiquée. Les projets pareils existent et nous nous sommes mis d’accord de mener une série des consultations intenses pour mettre au point un dialogue permanent afin de mieux comprendre les aspects politiques de la période d’après 2014, et aussi des tâches du domaine technique et logiciel qui pourront être communes pour la Russie et les pays de l’OTAN.

Pour notre pays la situation à l’Afghanistan a l’intérêt direct, nous sommes très préoccupés par la possibilité de l’accroissement d’envergure des menaces terroristes, extrémistes et du trafic de la drogue en provenance du territoire de ce pays. La Russie, conjointement avec ses partenaires de l’Organisation du Traité de la Sécurité Collective continuera de renforcer l’interaction dans le périmètre extérieur des frontières de l’Afghanistan. Ceux qui vont travailler à l’Afghanistan doivent être intéressés de coordonner leurs actions, et la Russie y est prête. Nous avons aussi discuté les problèmes de la défense anti-missile. Ce problème nous divise toujours, pour le moment nous avons à ce sujet les vues qui ne coïncident pas, qui sont en contradiction. Aujourd’hui nous nous sommes rappelés des décisions du sommet de Lisbonne concernant l’analyse conjointe des risques liés aux missiles. Nous étions prêts à procéder à cette analyse après Lisbonne, mais, comme vous le savez, plus tard le Conseil de l’OTAN a pris la décision qui approuve l’approche adaptée par étapes qui a été proposée par les USA. Pour cette raison il est important pour nous de comprendre si l’invitation à effectuer une analyse est une chose nouvelle. Nous nous sommes mis d’accord que prochainement nous aurons des consultations et essayerons de trouver une réponse à cette question.

Nos partenaires ont aussi abordé la situation en Syrie. Ils nous ont assuré qu’il ne cherchent que les solutions politiques et qu’aucune solution militaire ne sera appliquée. Nous avons rappelé à nos homologues qu’ils soulignaient toujours que la Syrie, ce n’est pas la Libye. Nous espérons qu’il n’y aura pas de tentatives d’ingérence extérieure au conflit syrien. Au contraire, il faut intervenir par les moyens politiques et diplomatiques et faire tous ceux qui ménent la lutte armée en Syrie cesser l’effusion de sang et se mettre à la table des négociations.

Parmi les autres sujets je veux noter notre conversation sur l’approche des pays de l’Alliance et de la Russie au problème de l’élargissement de l’OTAN. Nos partenares disent que c’est le droit de chaque État souverain de choisir les unions et les alliances (il est difficile de trouver les arguments contre cela). Personne n’a d’objections contre cela. Nous ne parlons pas de violation de ce droit, il s’agit d’autre chose, comment avancer au siècle nouveau par la voie tracée dans l’Acte Final de Helsinki et dans d’autres documents, y compris les documents du Conseil « Russie – OTAN », où il est dit précisement et sans équivoques que la sécurité est indivisible et personne ne doit renforcer sa sécurité au détriment de la sécurité des autres.

Voilà, nous avons eu un entretien assez philosophique. Il me semble que nous comprenons la nécessité de le poursuivre au niveau politique.

Question : A. Fogh Pasmussen a déclaré qu’il a essayé d’enlever la préoccupation de la partie russe à cause du placement en Turquie du complexe des missiles antiaériens « Patriot ». Est-ce qu’il a réussi à le faire?

S.V. Lavrov : C’est le Président V.V. Poutine qui a répondu à cette question au cours de la conférence de presse sur les bilans des négociations avec le premier-ministre de la Turquie R. Erdogan à Stamboul. Nous ne protestons pas, nous ne voulons pas empêcher la Turquie de réaliser son droit en vertu de l’article 5 du Traité de Washington, mais nous attirons l’attention au fait qu’îl ne faut pas exagérer les menaces. On a eu les canonnades, mais nous sommes persuadés qu’elles ont été fortuites. Nous allons proposer notre aide pour restaurer la ligne de liason directe au régime du temps réel entre les parties syrienne et turque, afin que les incidents fortuits n’amènent pas aux conséquences graves. En principe nous disons que l’accumulation des armements crée toujours les risques supplémentaires que ces armements soient utilisés. Voilà, c’est tout. Nous avons une préoccupation purement politique que le conflit devient de plus en plus militarisé.

Question : Les nouvelles autorités de la Géorgie ont déclaré qu’elles voient une possibilité de reprendre les relations avec la Russie, sans conditions préalables. Mais pour le moment on n’a pas eu de réponse nette de la part de la Russie. Dans quelles circonstances la Russie pourra-t-elle coopérer avec la Géorgie et dans quels domaines?

S.V. Lavrov : Les nouvelles autorités de la Géorgie ont fait plusieurs déclarations publiques qu’elles veulent avoir des relations normales avec la Russie et avec les voisins dans la région en général. Nous l’avons entendu des médias et nous voulons comprendre ce qu’on propose de faire en particulier et comment. Nous n’avons jamais évité des contacts avec nos voisins géorgiens. Le peuple géorgien, c’est un peuple ami pour nous, nous avons beaucoup de choses en commun en ce qui concerne l’histoire, la culture, les liens humanitaires. Ce n’est pas nous qui a rompu les relations diplomatiques avec la Géorgie après l’aventure qu’a commencé M. Saakachvili, en attaquant l’Ossétie de Sud.

Pendant la période d’après le conflit déjà on a repris la communication aérienne par vols charters entre plusieurs villes russes et géorgiennes. Nous avons dit plusieurs fois que nous serons prêts de considérer le problème de renouvellement des livraisons des produits agricoles de la Géorgie si ils sont conformes aux exigeances de la Russie envers les exportations pareilles. Les liens humanitaires n’ont jamais été interrompus. Aux théatres russes on produit souvent des spectacles avec la participation des metteurs en scène et des acteurs géorgiens. Nos personnalités de culture assistent souvent aux actions culturelles sur la terre de la Géorgie. Nos voisins géorgiens parlent de leur désir de la normalisation des relations, mais ils confirment qu’ils considèrent toujours l’Ossétie de Sud et l’Abkhazie comme les territoires occupés. Une rhétorique pareille ne favoriserait pas le commencement d’un dialogue sans conditions préalables. Je répète, dans les domaines pratiques des contacts des gens, des liens économiques nous n’avons aucuns sujets fermés.

Question : Il y a quelques jours le Sénat des Etats Unis a interdit au Pentagon de conclure des transactions avec « Rosoboronexport ». Est-ce que cette décision pourrait avoir une certaine influence sur la coopération de la Russie
avec les Etats Unis dans le projet des hélicoptères concernant l’assistance à l’Afghanistan? Est-ce que Moscou peut cesser cette coopération?

S.V. Lavrov : Premièrement, je ne voudrais pas faire des prognostics. Ce n’est pas une loi, mais c’est un avis du Sénat qui n’a pas encore passé tous les stades nécessaires. Nous sommes sûrs qu’au niveau du pouvoir exécutif des Etats Unis on fera une conclusion sans équivoques que l’idée qui est née au Sénat contredit aux intérêts nationaux américains, au développement de la coopération avec la Fédération de Russie et aux tâches que nous essayons de résoudre à l’Afghanistan et autour de ce pays.

Question : Dans les médias est parue l’information sur le déplacement possible des armements chimiques en Syrie. Est-ce que ces renseignements sont, à votre avis, incontestables, et comment appréciez-vous les risques d’utilisation des armement chimiques par le régime syrien?

S.V. Lavrov : Le problème de prolifération et d’emploi des armements de destruction massive, tels que les armements chimiques, est très sérieux. Des violations quelconques des traités internationaux les concernant sont absolument inacceptables pour nous. Ce n’est pas pour la première fois qu’on voit les informations qu’on peut qualifier des rumeurs ou des fuites que les autorités syriennes déplacent ses armements chimiques des dépôts où ils sont conservés dans les autres endroits ou se préparent à les utiliser. Avec les moindres renseignements de cette sorte nous entreprenons les démarches très fermes, nous vérifions cette information et chaque fois nous recevons les assurances qu’on ne planifie pas et ne peut pas planifier les choses pareilles. Nous entretenons des contacts très étroits à cet effet avec nos partenaires américains et européens, nous échangeons l’information, et, comme j’ai déjà dit, nous vérifions toujours des affirmations pareilles.