Interview du Ministre des Affaires étrangères de Russie, M. Sergueï Lavrov par les médias russes sur les conclusions de sa participation à la 49e Conférence sur la sécurité de Munich. Munich, le 2 février 2013

Question : Comment votre rencontre avec Joe Biden s’est-elle déroulée ?

S.V. Lavrov : Au niveau global, dans les relations entre deux grands pays importants, des problèmes subsiteront toujours. Il a été convenu de les résoudre sur un pied d’égalité et dans le respect mutuel des parties. Il faut tenter d’éviter de créer artificiellement des problèmes. Nous avons attiré l’attention du Vice-Président des États-Unis que pour ce qui les concerne, il y a eu des avancées faites, perçues de manière assez sensible par notre opinion publique. Nous espérons qu’il n’y aura plus de raisons qu’il en soit encore ainsi.

De part et d’autre, nous comprenons, que malgré nos divergences, qui, une fois encore, existent toujours dans les relations entre deux Etats importants, surtout comme les Etats-Unis et la Russie, et pour lesquelles nous devons trouver des solutions mutuellement acceptables, nous avons beaucoup d’intérêts communs dans la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive et dans la lutte contre le terrorisme, le trafic de drogue et la criminalité organisée.

La situation en Afghanistan est préoccupante. Ici, il est important que nous travaillions avec les Etats-Unis  en collaboration plus étroite  dès lors que l’OTAN quitte ce pays et nos voisins  et des alliés d’Asie Centrale, l’OCS (l’Organisation de coopération de Shanghai) et de l’OTSC (l’Organisation du traité de sécurité collective),  restent sur place. Il est important de comprendre comment la transition de la mission actuelle, dirigée par l’OTAN, et comment la présence internationale, qui subsistera en Afghanistan après 2014, vont se concrétiser. Dans ce domaine, nous avions également déjà compris la nécessité de travailler en étroite collaboration et de façon transparente pour discuter et négocier, ainsi que de coordonner les approches.

Nos partenaires américains comprennent que pour la grande majorité des problèmes internationaux il est très difficile de faire quelque chose sans la Russie et les Etats-Unis. Nous partageons cette approche. On a constaté que cette situation résulte du fait que la Russie a pour ligne une position indépendante et souveraine, laquelle reste une référence pour les parties aux conflits, dont nous parlons. Ce n’est pas par hasard que même l’opposition aux pays du Proche et du Moyen-Orient ainsi qu’en Afrique du Nord, qui sollicitent ​​le soutien de l’Occident, confirment toujours ne pas vouloir rompre les relations avec la Russie, dont ils ont besoin en tant que vecteur de stabilisation.

Nous voulons que nos Etats respectifs se développent via un partenariat de part et d’autre. J’ai parlé de cela à Joe Biden et lui ai suggéré que, si nous sommes vraiment des partenaires incontournables dans la résolution des problèmes internationaux, notre action conjointe se fonde sur l’aspiration de rechercher des approches communes  à chaque crise et pas seulement dans la perspective que la Russie doive automatiquement se positionner. J’ai eu l’impression qu’il a compris  cela ce qui fut, je pense, un moment positif.

Nous avons convenu que dans un proche avenir  le Conseiller à la  sécurité nationale du Président Barack Obama, Tom Donilon, viendra chez nous. Le moment de cette visite n’a pas encore été déterminé. Les américains souhaitent l’organiser ce mois-ci déjà. Nous allons coordonner nos agendas. Joe Biden a confirmé que John Kerry a reçu mon invitation à se rendre en Russie et entend bien y répondre rapidement.

Question: Quels sont les résultats de votre rencontre inattendue avec le chef de la Coalition nationale des forces de l’opposition syrienne A. Al-Khatib?

S.V. Lavrov: Nous nous sommes rencontrés en marge de la Conférence de Munich. A.Al-Khatib a demandé une courte réunion, et nous avons discuté ensembles. J’ai eu l’impression qu’il était intéressé à mieux comprendre notre position, notre évaluation de la situation. J’ai remarqué que récemment A.Al-Khatib a préconisé la mise en place, à certaines conditions, d’un dialogue avec les représentants du gouvernement de Syrie. Il s’agit d’une étape importante, surtout compte tenu du fait que la Coalition nationale des forces de l’opposition syrienne a été créée sur la base du rejet catégorique de toute relation avec le régime. Je pense que le réalisme a prévalu. Naturellement, cela ne garantit pas que le dialogue va commencer, du moins parce que l’opposition n’a pas une équipe de négociation et que la Coalition est composée de nombreux groupes différents — il est difficile de s’entendre sur une seule délégation. Cependant, les réflexions vont dans la bonne direction.

J’ai rappelé à A. Al-Khatib qu’immédiatement après la formation de la Coalition et sa nomination au poste de dirigeant, la Russie a manifesté son intérêt pour des contacts réguliers, et nous allons les initier.