Extraits des réponses du Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie Sergey Lavrov aux questions de l’homme de confiance du Président Vladimir Poutine, Moscou, le 9 décembre2012

Question : Veuillez commenter l’adoption par le Congrès des États-Unis de la loi «S. Magnitsky ». Peut-être vaut mieux réfléchir sur la présentation des informations plus complètes relatives à l’enquête du décès de S. Magnitsky ?

Sergey Lavrov (en addition aux réponses des intervenants): Je tiens à clarifier quelque chose. On affirme que S. Magnitsky est devenu une victime parce qu’il a mis en évidence des violations. Il s’est trouvé en prison en tant que l’avocat de M. Browder qui dans les années 1990 a créé en Russie le fonds «Hermitage Capital». Le Fonds s’occupait de la fraude fiscale si bien que le dossier pénal a été ouvert. W. Browder lui-même a pu quitter le pays, alors que S. Magnitsky en tant que son avocat s’est trouvé en cause. Ce qui s’est passé avec lui en prison est certainement révoltant. Les médecins et ceux qui en étaient responsables ont été punis. L’enquête se poursuit.

La partie révoltante de la « Loi Magnitsky » adoptée par le Congrès des États-Unis consistait en ce que c’était l’attentat contre notre souveraineté, puisque le parlement d’un pays étranger a pris une décision relative à l’affaire laquelle n’a pas été encore classé par le tribunal. Je suis complètement d’accord avec opinion que les matériaux accusant W. Browder devraient été mieux expliquée au public. C’est un point très important. Si parler des options de la réaction, je certainement soutiendrais des mesures consacrées spécifiquement aux américains.

Je ne serais pas d’accord que la Loi «S. Magnitsky » répond aux intérêts nationaux américains. Celle-ci répond aux intérêts de leur lutte politique à l’intérieur du pays, à savoir : compromettre de la façon claire et précise le succès presque unique de Barack Obama présenté par lui au cours de sa campagne électorale, ça veut dire les relations avec la Russie, le Traité de la défense antimissile, etc.

Mais étant donné que c’est une tentative d’intervenir dans nos affaires intérieures, je serais intéressé de voir que la réaction de l’Assemblée fédérale soit collective, multiparti, pour que toutes les factions agissent comme des coauteurs.

Question : Comment pourriez-vous commenter une opinion existante qu’aujourd’hui la diplomatie russe se justifie et rattrape plutôt que propose des initiatives ? Puisqu’on pouvait empêcher la sortie des Etats-Unis du Traité de la défense antimissile, le déploiement du système de missiles antiaériens « Patriot » sur la frontière entre la Turquie et la Syrie, la situation avec V. Bout et K. Yaroshenko ?

Sergey Lavrov : Ici les exemples concrets sont très importants. Vous avez énuméré quelques-uns d’entre eux. En ce qui concerne la question de la défense antimissile, le Président des États-Unis a décidé de sortir du Traité de la défense antimissile entre l’Union Soviétique et les États-Unis, conclu, à propos, à l’initiative des États-Unis. Dans un entretien avec Vladimir Putin, George Bush Junior a dit une fois que « nous ne sommes plus ennemis, l’Amérique a besoin de développer le système de la défense antimissile et le Traité l’enchaine ». Vladimir Putin a répondu que « dans ce cas, la Russie prendra les décisions lesquelles, à son opinion, seront nécessaires dans cette situation ». Je ne comprends pas vraiment comment on pouvait empêcher la sortie des Etats-Unis du Traité de la défense antimissile.

Le deuxième exemple concerne le déploiement du système de missiles antiaériens « Patriot » en Turquie. L’OTAN a choisi la route orientée à profiter au maximum de la situation à la frontière turco-syrienne, et en même temps, à créer des objets terrestres qui pourraient être utiles dans une guerre potentielle contre l’Iran. La configuration de batteries du système de missiles antiaériens « Patriot » prévoyant leur installation sur la terre suscite des questions, même parmi les Turcs. Ils voulaient placer le système de missiles antiaériens « Patriot » directement à la frontière avec la Syrie, alors que selon les plans actuels, le système serait déployé sur le territoire turc assez loin de la frontière. Nos militaires considèrent ce positionnement comme très pratique dans le cas où quelque chose va se passer avec l’Iran, et il répondra par ses missiles. Mais nous ne pouvions pas en connaitre quand le placement du système de missiles antiaériens « Patriot » a été annoncé.

Lorsque les incidents à la frontière turco-syrienne ont commencé, la Russie a proposé l’initiative d’aider la Syrie et la Turquie à établir un canal de communication direct pour avertir mutuellement au sujet de l’activité inintentionnelle. Les Syriens ont soutenu notre proposition, les Turcs ont refusé. Nous avons répété plusieurs fois cette initiative, mais la Turquie ne voulait toujours pas faire cela.

Donc, quand on a pris la décision sur l’installation du système de missiles antiaériens « Patriot », dont personne ne nous a avertis pas, nous avons exprimé notre attitude. Nous ne sommes pas contre la réalisation du droit de la Turque à la défense, y compris à la défense collective, en tenant compte de ses engagements dans le cadre de l’OTAN. Nous sommes préoccupés du fait que toute accumulation des armements crée un effet du « fusil de Tchekhov » qui obligatoirement tirera. Les Intentions sont les intentions, mais les potentiels sont les potentiels.

Par ailleurs, nous aussi ne demandons personne la permission d’effectuer des batailles d’exercice qui provoquent la préoccupation de l’OTAN, par exemple, à proximité des frontières des pays membres de l’Alliance ou à proximité de la frontière avec la Géorgie. Ils nous demandent sans cesse : à quoi bon, pourquoi vous n’avez pas consulté avec nous, pourquoi vous ne nous invitez pas à ces batailles d’exercice. Donc, je crois, il s’agit des choses tout à fait proportionnées. Ils ont décidé de déployer le système de missiles antiaériens « Patriot », nous effectuons les batailles d’exercice. Avant d’effectuer leurs batailles d’exercice, ils ne nous demandent aucune permission. Bien que dans le cadre de l’OSCE, du Conseil OTAN-Russie il existe des mécanismes de l’échange d’informations sur les doctrines militaires, le nombre des armements conventionnels, etc.

En ce qui concerne la situation au Proche-Orient, dès le début du «printemps arabe», la Russie adoptait une attitude claire et précise. De plus, nous étions les premiers qui ont commencé à parler du danger de la déstabilisation de toute la région, nous avons annoncé pour la première fois la thèse au sujet de la menace du conflit islamique intérieure entre les sunnites et chiites. Nous étions même accusés que nous l’avions provoqué, on faussait le sens direct de nos mots. Je vais vous citer un exemple concret. Nous cherchons à convoquer le «quatuor» des médiateurs internationaux, l’Union Européenne, les Nations Unies nous en soutiennent, tandis que les États-Unis ne le veulent pas. Et nous parlons à ce sujet publiquement, nous les forçons à se défendre. Le Secrétaire d’Etat des Etats-Unis Hillary Clinton récemment à nouveau se justifiait à ce sujet lors de nos rencontres à Bruxelles et à Dublin.

La Russie a proposé une initiative de créer au Moyen-Orient une zone exempte d’armes de destruction massive. Naguère, pendant la guerre entre l’Iran et l’Irak, il a été noté qu’à l’avenir il serait nécessaire de réfléchir à la création de telle zone.

Trois ans auparavant, lors de la Conférence consacrée à l’examen de l’efficacité du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, nous avons présenté une proposition concernant les mesures pratiques dans ce domaine. Il est à noter, que telle résolution a été adoptée. Il a été décidé de tenir la conférence avant la fin de l’année 2012. La Russie, les États-Unis et le Royaume-Uni en tant que les dépositaires du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, ainsi que le Secrétariat de l’ONU, ont été désignés comme les fondateurs de cette Conférence. Le coordonnateur finlandais a été nommé. Nous avons assumé la charge du plus grand poids de ce travail, en collaboration avec les arabes, l’Israël et l’Iran. Enfin, nous avons reçu un « package » assez acceptable pour tous, mais les américains ont refusé de le soutenir. Alors maintenant, ils se sont trouvés dans cette situation à nouveau et sont forcés de se défendre.

Enfin, en ce qui concerne V. Bout, K. Yarochenko et autres affaires. Comment on peut prévoir quand il s’agit des opérations spéciales ? Dans le premier cas comme dans le deuxième, les gens ont été provoqués, et à la suite, au mépris des lois des pays où ils se trouvaient, au mépris des normes du droit international, ils ont été extradés aux États-Unis. Dès que nous en avons appris, nous avons commencé à chercher la vérité. Donc, nous avons réussi à obtenir le premier acquittement prononcé par le tribunal thaïlandais. La façon et les moyens à l’aide desquels les américains ont réussi à changer plus tard cet acquittement sont bien connus. La décision a été prise pas par un tribunal mais par le Ministère de l’intérieur thaïlandais, ce qui contredit la Constitution du Royaume de Thaïlande.

Maintenant, nous aidons V. Bout et ses avocats en Thaïlande de lancer le processus, qui, en cas de succès, doit prouver que son arrestation et extradition étaient illégales. Par ailleurs, V. Bout, ainsi que K. Yaroshenko, ont été extradés aux États-Unis illégalement et ils ont été condamnés aux peines de prison seulement pour des soupçons, c’est-à-dire, pour des intentions. L’un avait prétendument l’intention de vendre des armes aux rebelles colombiens, l’autre avait prétendument l’intention de transporter des drogues. Mais l’acte n’a pas eu lieu. Si se rappeler que les assassins, violeurs, citoyens américains qui se moquent de enfants russes adoptifs, sont libérés dans la salle d’audience ou on accorde à eux les condamnations à sursis (au lieu de la peine à vie et peine de prison de vingt ans), cela, bien sûr, provoque l’indignation.

S’il s’agit des initiatives, je donnerai un exemple : conjointement avec la Douma d’Etat, nous avons introduit la pratique de la préparation des rapports annuels du Ministère des Affaires étrangères de Russie sur les droits de l’homme à l’étranger et nous avons tenu les audiences sur l’état des choses dans ce domaine à l’Union européenne et aux États-Unis. Cette forme du travail impressionne fortement nos interlocuteurs.

Dans l’espace médiatique, nous perdons vraiment. Le Président russe a noté cela dans son article « La Russie et le monde changeant. Il faudrait prêter plus attention à ce domaine, pourtant cela exige beaucoup de ressources financières. Il n’est pas toujours facile de trouver cet argent.

Question : Comment vous pourriez commenter la Loi sur les agents étrangers ? Comment cela refléterait sur les activités des organisations non commerciales ?

Sergey Lavrov : Nous perfectionnons notre législation dans divers domaines en appliquant la méthode d’épreuves et d’erreurs. Il s’agit d’un processus relativement nouveau pour nous. Nous étudions l’expérience et la pratique positive des autres pays avec soi-disant démocratie développée, en Europe, aux États-Unis, dans certains autres États. Quelques années auparavant, la Russie a adopté la première Loi sur les organisations non commerciales qui exigeait de montrer les sources de financement ; cette Loi a établi les procédures d’enregistrement. Il y avait l’énorme nombre de plaintes, beaucoup de soupçons, émotions, pourtant finalement cette Loi a commencé à travailler, et tout le monde se sont accoutumés.

Selon la nouvelle Loi, tout ce qui concerne les aspects sociaux est exclu de la notion « financement des activités politiques ». Autrement dit, les organisations non commerciales doivent montrer les sources de leurs budgets, y compris étrangères, c’est la pratique de chaque pays qui se respecte, tout d’abord, des États-Unis et de la France, mais elles ne sont pas tenus de s’inscrire comme « agents étrangers » ; ce terme lui-même engendre beaucoup de commérages. Nous sommes en fait prêts à continuer à étudier l’expérience de l’application des lois, et à cet égard, nous coopérons étroitement avec nos législateurs.

Question : Quelles sont les perspectives de l’annulation du régime de visa entre la Russie et la Mongolie?

Sergey Lavrov : Jadis, l’URSS et la Mongolie jouissaient du régime sans visa. Apres l’apparition de la nouvelle Russie ce régime restait sans changements. Pourtant, il y a quelques ans, nos voisins mongols, pour des raisons que je ne comprends pas, ont proposé d’introduire le régime de visa. Comme il est dit, l’amour ne se commande pas, c’est pourquoi nous avons donc dû se mettre d’accord. Récemment à Dublin «en marge» du Conseil des Ministres des affaires étrangères de l’OSCE, j’ai eu une rencontre avec le Ministre des affaires étrangères de la Mongolie. Les partenaires sont intéressés à restaurer le régime sans visa. Nous en sommes seulement heureux. Il a été convenu de travailler dans ce domaine.

Question : Veuillez-vous commenter la situation relative à la coopération humanitaire et scientifique dans l’espace de la CEI ? Que pensez-vous de l’activité de la chaîne de télévision « Mir» ?

Sergey Lavrov (en addition aux réponses des intervenants): Sur l’initiative de notre pays, le Conseil et le fonds pour la coopération humanitaire de la CEI ont été créés qui réalisent des projets très intéressants. Des forums annuels sont tenus auxquels des personnalités scientifiques, culturelles et éducatives prennent part. La Russie paie régulièrement son apport qui constitue la majeure partie des budgets de ces projets. Nos partenaires ne font pas toujours la même chose. Telle est la réalité. Nous ne pouvons pas dire que nous payerons pour tous. Si c’est un projet collectif et nos partenaires et voisins de la CEI en tirent le profit, alors il est nécessaire de contribuer proportionnellement au produit intérieur brut.

Le travail active mais pas toujours ouvert au public est effectué au sein de la CEI, par exemple, des réunions régulières des ministres de l’intérieur ont lieu. Elles résolvent des questions foncièrement pratiques, coordonnent des activités d’enquête, des efforts dans le domaine du maintien de l’ordre. Les rencontres des chefs des services de garde-frontière sont organisées. Presque tous les conseils sectoriels résolvent des problèmes quotidiens, étant donné qu’avant c’était un ensemble économique unique. Donc, le mérite essentiel de la CEI consiste en ce que nous avons pu soutenir et restaurer tout ça.

Bien sûr, ce mécanisme pourrait être utilisé plus activement. Mais je répète tout cela nécessite de l’argent.

Autant que je sache, le Gouvernement examine les questions sur la réformation de la chaîne de télévision « Mir ».

Question : Veuillez commenter la situation en Syrie.

Sergey Lavrov : Le Président de Russie a exposé plusieurs fois la position de principe à propos de la Syrie, nous sommesfermement guidés par ce principe. Elle est exposée dans son article « La Russie et le monde changeant ». Nous ne permettrons pas la reproduction en Syrie du scénario libyen quand l’OTAN a grossièrement déformé le mandat délivré par la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies et au lieu de la «zone d’exclusion aérienne», elle a commencé tout simplement à lutter contre le régime en vigueur à ce moment-là. La « zone d’exclusion aérienne » implique une interdiction sur l’utilisation des avions du gouvernement, la force peut être utilisée seulement dans deux cas : si les avions sont levé en l’air en violation des sanctions de l’ONU ou si les avions qui patrouillent cette zone en conformité au mandat du Conseil de sécurité, ont été révèles par le radar. Il n’y a pas d’autres options. Pourtant, tout le monde sait comment l’aviation des pays de l’OTAN a réalisé le mandat délivré.

La position russe à propos de la Syrie est très bien connue. Sur notre initiative, une réunion a eu lieu à Genève le 30 juin de cette année où « le groupe des actions » a été créé. Il est composé de cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, ainsi que de la Ligue des Etats arabes, du Qatar, du Koweït, de l’Iraq, de la Turquie, de l’Union européenne et du Secrétaire général de l’ONU. Lors de cette réunion, un document a été adopté : « communiqué de Genève ». Tout le monde le considère comme la seule base de la régularisation politique du conflit. Malheureusement, nos partenaires occidentaux, en ayant manqué aux accords conclus à Genève, exigent, avant d’entreprendre des efforts quelconques, de chercher à obtenir l’abandon du Président Bashar al-Assad de son poste.

La partie russe se laisse guider par la logique très simple. Nous n’appuyons pas le Président Bashar al-Assad ou toute autre figure sur la scène politique syrienne. Nous partons de l’espoir suivant : lorsque le Conseil de sécurité de l’ONU prend à l’unanimité la décision sur la nécessité de mettre sans retard fin à l’effusion de sang, nous tous agissons sincèrement. Dans l’affirmative, la principale priorité c’est forcer tous ceux qui se battent en Syrie, à déposer les armes et s’asseoir à la table des négociations. Les protagonistes externes qui ont participé à la rencontre de Genève représentent presque tous les pays influents qui peuvent avoir un impact décisif sur les différents groupes armés à l’intérieur de la Syrie. Donc, nous pouvons réellement, de la manière synchrone, à l’unanimité, exiger la cessation des hostilités à l’heure définie, le retour dans la Syrie des observateurs de l’ONU, l’augmentation de leur nombre et le début du dialogue politique, comme prévu par le Communiqué de Genève. Le gouvernement et l’opposition doivent désigner les négociateurs et définir la forme d’un « organe d’administration transitoire ». Cependant, ce schéma sera effectif si la principale priorité c’est sauver des vies. Si la priorité c’est la « tête » du Président Bashar al-Assad, alors ceux qui insistent sur cela et proposent tel ultimatum, doivent comprendre que pour leurs principes géopolitiques ils ne paieront pas leurs intérêts géopolitiques mais les vies des Syriens ordinaires. On peut infiniment exiger la retraite de Bashar al-Assad, mais la guerre continuera.

Il y trois jours, nous avons eu la rencontre à Dublin avec le Secrétaire d’Etat des États-Unis Hillary Clinton, le représentant spécial de Ligue des États arabes Lakhdar Brahimi a participé aussi à cette rencontre. Ils ont proposé d’organiser une réunion d’experts spéciale au niveau des suppléants des ministres des affaires étrangères avec participation de Lakhdar Brahimi pour réaliser le remue-méninge. Nous avons répondu que nous serons prêts à cela si tels «remue-méninges » seront basés sur le Communique de Genève sans poids supplémentaires, ultimatums et les conditions préalables, telles que la retraite de Bashar al-Assad.

Telle réunion aura lieu le 9 décembre à Genève, les participants peuvent travailler jusqu’au 10 décembre, mais malheureusement, une fois convenu ce contact, les représentants américains ont commencé à faire des déclarations publiques, en laissant entendre que la Russie modifiait sa position. Rien de la sorte. Nous n’avons pas changé la position : seulement sous la condition ci-dessus nous avons accepté de se réunir à Genève. Nous ferons tout pour arrêter l’effusion de sang dès que possible.

La poursuite du conflit armé actuel menace de plus en plus l’unité de l’Etat syrien et sa nature multiethnique, multiconfessionnelle. Si cet Etat se décomposera, les conséquences se feront sentir dans de nombreux pays, nous ne pouvons pas permettre cela. Il est nécessaire immédiatement d’arrêter la violence et de commencer le dialogue politique.

Question : Comment décririez-vous les principales tendances des relations internationales modernes, en particulier à la lumière du dernier sommet de l’APEC à Vladivostok ?

Sergey Lavrov : Tout le monde ont familiarisé avec article du Président Vladimir Putin ci-dessus indiqué et ses Décrets qui contiennent les principales lignes directrices de notre politique extérieure pour le période courant. L’article et le Décret confirment la continuité de notre politique extérieure. Elle continuera à se fonder sur les principes qui ont été établis en 2000 dans le Concept de la politique extérieure de la Fédération de Russie, à savoir : prédictibilité, transparence, orientation vers plusieurs directions géographiques, promotion progressive, mais sans confrontation, des intérêts nationaux. Nous sommes ouverts à la coopération avec tous ceux qui sont prêts à cela sur la base de l’égalité en droits et du respect mutuel. L’essence de notre politique extérieure consiste en création des conditions pour aider à résoudre nos problèmes internes, y compris l’assurance de la sécurité fiable le long du périmètre de nos frontières, la défense des droits de nos citoyens, compatriotes. C’est aussi l’assistance au développement des entreprises russes pour qu’elles puissent effectuer leurs activités sur les marchés mondiaux sans discrimination; c’est également la création des possibilités pour contribuer au développement technologique de la Russie.

Les évènements internationaux ont un impact pratiquement sur n’importe quel de ces tâches, c’est pourquoi nous devons adapter les outils de la politique extérieure à chaque situation concret. Le monde d’aujourd’hui est loin d’être calme. Nous sommes très préoccupés de la crise économique dans la zone euro (le Président de Russie l’a dit à plusieurs reprises), parce que l’UE est notre plus important partenaire commerciale et d’investissement. Un peu moins de la moitié des réserves russes sont déposées en euros. Nous avons un vaste réseau de contacts et surtout des gros plans de la collaboration ultérieure avec l’UE, avant tout, concernant la réalisation du programme « Partenariat pour la modernisation ».

Le Président de Russie a souligné à plusieurs reprises, notamment dans l’article dont nous parlons beaucoup aujourd’hui, que nous sommes prêts à créer conjointement avec l’EU l’espace économique et humain commun, de Lisbonne à Vladivostok. Cela implique aussi notre volonté de renforcer l’intégration, résoudre des problèmes techniques liés à la formation du marché commun de la grande Europe. Un des objectifs principaux est un régime sans visa parce que cela mettrait immédiatement notre partenariat avec l’Union Européenne à un niveau qualitativement supérieur.

L’ordre mondial qui se forme aujourd’hui, bien sûr, reflète les tendances du changement de la répartition des forces de l’économie mondiale. Les nouveaux centres gros de la croissance économique, de la puissance financière ont apparu, en particulier dans la région Asie-Pacifique. Avec cela vient aussi l’influence politique. Notre politique dans la direction asiatique doit être optimisée. Cette tâche a été posée il y longtemps. La tenue du sommet de la Coopération Economique pour Asie-Pacifique à Vladivostok a été l’un des résultats de sa solution. Il a couronné notre présidence à l’APEC qui a duré 12 ans. Dans le cadre de ce processus, nous avons réalisé environ 100 mesures, nous avons proposé environ 50 initiatives. Elles ont été tous approuvées et feront désormais partie du programme des activités du Forum unique de la Coopération Economique pour Asie-Pacifique.

Nous nous concentrons principalement sur les projets qui aideront à approfondir et à libéraliser les processus commerciaux et ceux d’investissement. En même temps, nous espérons que nos partenaires participeront de la façon plus profonde, plus étroite à ces processus dans les intérêts du développement de l’économie de la Sibérie et de l’Extrême-Orient de la Fédération de Russie. Nous mettons également l’accent sur des projets qui permettront d’améliorer la sécurité alimentaire dans cette région. En tenant compte des indicateurs agricoles de la Russie, il y a beaucoup de chose à offrir. Nous nous concentrons aussi sur la sécurité énergétique. Nos partenaires sont intéressés à ces projets. Dans ce domaine il y a beaucoup des plans intéressants non seulement relatifs aux hydrocarbures, y compris la construction des usines pour produire le gaz naturel liquéfié, mais aussi des plans de la promotion de nos services dans le domaine de la production de l’énergie nucléaire aux fins pacifiques.

Une autre priorité de notre présidence à la Coopération Economique pour Asie-Pacifique est liée à des améliorations dans les systèmes de transport logistique. La Russie est le plus grand pays dans le monde. Notre territoire offre des possibilités de transit, qui ne sont pas encore pleinement utilisées. Pourtant, après la modernisation de nos systèmes de transport, l’utilisation plus active de la route maritime du Nord, nos possibilités de transit pourront concourir avec succès avec itinéraires alternatifs de l’Asie à l’Europe. L’attention élevée envers la région Asie-Pacifique restera dans notre politique extérieure, cependant pas au détriment d’autres directions, surtout européennes.

Les relations avec les États-Unis ont toujours une importance particulière, étant donné que le rôle de nos deux Etats ne peut pas être surestimé, en particulier, dans le domaine du maintien de la stabilité stratégique globale, de la parité stratégique globale. Nous désirons construire nos relations sur les principes d’égalité de droits et de bénéfice mutuel. Vladimir Putin a noté dans son article que la politique de la Russie sera toujours autonome et indépendant. Cela nous diffère à la majorité écrasante des Etats. Mais cela ne signifie pas l’isolationnisme. L’autonomie est une acquisition très précieuse,dont nous avons bénéficié au cours de l’histoire multiséculaire de notre Etat. Il faut l’évaluer hautement. Nous sommes pour la coopération avec les américains basée sur le principe d’égalité de droits.

Les questions du maintien de la sécurité et stabilité internationale est une de nos priorités. Nous sommes responsables de la stabilité stratégique, le Traité sur l’armement stratégique-3, qui est maintenant réalisée avec succès, avait apporté une contribution importante à ces processus. Il y a une avance en blocs économique et humanitaire. Les accords sur la facilitation du régime des visas pour les hommes d’affaires et touristes, sur la coopération dans le domaine de l’adoption des enfants ont été signés. L’entente au sujet de l’interaction importante entre Alaska et Chukotka relative à la réalisation du projet du parc de réserves commun est proche à sa fin. Lors de la rencontre des Présidents de la Russie et des Etats-Unis à Los Cabos (Mexique) «en marge» du sommet du G20 en juin de cette année, une attention particulière a été accordée à l’économie. Nous avons exprimé l’état d’esprit commun de renforcer considérablement les composants commercial, économique et d’investissement de nos liens. Actuellement, la circulation des marchandises est inférieure à 30 milliards dollars ; ce chiffre semble tout petit, compte tenu du potentiel de nos économies. Sur la proposition du Président de Russie, la question sur l’établissement d’un mécanisme bilatéral pour suivre les problèmes rencontrés par les entreprises russes dans les États-Unis et les entreprises américaines en Russie est au cours de l’étude. Les stocks sont bons.

Bien sûr, nous avons aussi des divergences. Tout d’abord, elles concernent la défense antimissile. Les Américains, ayant reçu l’approbation de leur schéma du déploiement adaptif par étapes du système de la défense antimissile en Europe au sein de l’OTAN, refusent quoi que ce soit changer. Nous croyons que ce schéma va créer des risques réels pour les forces stratégiques russes de la dissuasion nucléaire. Nous n’évitons pas la conversation, pourtant elle peut être menée seulement dans les deux plans. Ou nous réaliserons le système commun orienté vraiment vers la neutralisation des menaces provenant de dehors de la zone euro-atlantique. Si les Américains n’abandonnent pas leur schéma, nous exigerons des garanties fermes que le système conçu ne soit pas dirigé contre la Russie. Outre les garanties, les critères militaires et techniques sont nécessaires permettant de vérifier chaque étape du développement du système de la défense antimissile des États-Unis.

Toutes nos positions concernant le domaine de la politique extérieure, au premier lieu, dépendront du succès de notre développement interne et, considérablement, des succès du projet de l’intégration eurasienne. Comme l’a souligné le Président Vladimir Putin, c’est notre priorité absolue et à cet égard beaucoup se réalise déjà.

Nous avons plus et plus encore de partenaires prometteurs en Afrique et en Amérique Latine. Nous sommes convenus presque avec tous les pays de l’Amérique Latine sur les voyages sans visa ce qui a déjà donné un sérieux coup de pouce au tourisme et aux relations d’affaires. Nous avons conçu avec de nombreux pays de l’Amérique Latine des projets dans les domaines de haute technologie, y compris la production de l’énergie nucléaire, l’espace et les télécommunications. Un certain nombre de pays d’Amérique latine coopèrent avec nous dans le domaine de la création des installations terrestres nécessaires pour que le fonctionnement du système russe GLONASS soit efficace précis.

Dans tous ces domaines, il faut y encore ajouter la zone arctique et l’Antarctique, nous réalisons la politique extérieure orientée vers principales directions géographiques. Chacun d’entre eux a ces propres tâches et problèmes qui nécessitent de solutions. Il est à noter, que nous sommes forcés à effectuer tout cela dans un monde très turbulent. En plus de la crise économique qui affecte nos relations avec les pays concernés, tout ce qui se passe dans la politique mondiale semble très anxieux, principalement cela est lié aux évènements au Proche Orient et dans l’Afrique du Nord. En outre, les situations de conflit persistent dans la région Asie-Pacifique limitant ainsi l’intensification de la coopération et l’intégration dans cette partie du monde, ce qui est l’une de nos priorités.

Un nombre croissant de problèmes est accumulé aussi sur le continent africain. Nous sommes forcés à travailler en conditions assez difficiles. Beaucoup des événements se produisent de façon inattendue, tels que le « printemps arabe », qui a surpris tout le monde. Je ne pense pas qu’il a été délibérément provoqué par quelqu’un de l’extérieur. C’est le résultat, surtout, des problèmes profondément enracinés dans les pays de la région. Nous devons agir de manière proactive. Outre la coopération bilatérale avec les partenaires clés, nous utilisons des plateformes multilatérales. Au premier lieu, ce sont l’ONU et son Conseil de sécurité, où nous avons des positions fortes. J’entends non seulement le droit de veto, mais aussi la coordination étroite avec la Chine, le soutien de certain nombre des membres du Conseil de sécurité de l’ONU. Nos initiatives à l’ONU rencontrent le soutien large. Cela concerne les mesures de confiance dans l’espace, l’élaboration des normes assurant la sécurité de l’information internationale et divers autres domaines. Nous prêtons une attention particulière à la résolution qui est adoptée chaque année sur l’inadmissibilité de la connivence de nouvelles formes du nazisme, du racisme, de la discrimination raciale, y compris la situation des minorités russophones dans les pays baltes. Outre les plates-formes multilatérales, il existe aussi le « G20 », le « G8 », le BRICS, l’Organisation de Coopération de Shanghai. Je ne mentionne pas maintenant les projets d’intégration eurasienne dans le cadre de la Communauté des Etats Indépendants, de l’Union Douanière, de la Communauté économique eurasienne.

Question : Quelles mesures la Russie entreprend pour résoudre le problème de la Transnistrie ?

Sergey Lavrov (en addition aux réponses des intervenants): Nous convenons d’ouvrir en Transnistrie le centre culturel et le bureau consulaire. La question la plus importante est celle concernant l’absence de l’accord sur le statut de la Transnistrie, donc, nous travaillons activement pour promouvoir le format « 5 + 2 » (Chisinau et Tiraspol comme membres, la Russie et l’Ukraine comme garants et médiateurs, l’OSCE en tant que médiateur, les États-Unis et l’Union européenne en tant que des observateurs). Nos collègues occidentaux tentent constamment de modifier ce format, élever leur propre statut, c’est-à-dire en guise du statut « observateur » acquérir le statut « médiateur ». Mais cela seulement détourne de l’essentiel.

Le format et le titre de la régularisation n’ont pas d’importance, il faut s’occuper de l’essentiel du problème. L’essentiel consiste en ce que dès le début, nous considérons que la régularisation doit être obtenue sur la base de la reconnaissance de la souveraineté, l’intégrité territoriale et la neutralité constitutionnelle de la République Moldova, à condition que le statut spécial de la Transnistrie soit garanti.

La phrase que nous soutenons la confirmation de la souveraineté et la neutralité constitutionnelle de la République Moldova a l’importance clé, parce que actuellement les collègues occidentaux qui s’intéressent à ce problème, activement, et nous ne cacherons pas cela, cherchent à persuader Chisinau que la perspective euro-atlantique c’est l’avenir de ce pays, y compris la participation à l’OTAN. Nous expliquons que la Transnistrie ne sera pas d’accord avec cela, non pas parce que nous voulons quelqu’un d’interdire quelque chose, mais parce que c’est la réalité. Si quelqu’un veut casser cette formule de la sauvegarde de la neutralité constitutionnelle, c’est-à-dire la solution du problème transnistrien dans le cadre de la souveraineté de la Moldova, la destruction de cette formule signifierait le changement fondamental de toutes les coordonnées.

Il y a une tentative de faire pression sur la Transnistrie via les problèmes de transit et de sa liberté d‘effectuer des activités de commerce extérieur, bien que l’accord de 1999 exige le contraire. Dans ces circonstances, il est important pour nous de ne pas céder à la pression.

Nous sommes convaincus qu’à l’étape courant, l’essentiel c’est la solution des problèmes économiques ce qui permettra à la région de se sentir plus libre en ce qui concerne les activités économiques et la solution des problèmes sociaux. Nos partenaires disent : non, l’économie plus tard. Nous allons, disent-ils, résoudre d’abord ce problème politiquement. Ensuite, en fonction de notre attitude envers les accords politiques atteints, nous allons réfléchir comment aider au développement économique de la Transnistrie. J’espère que vous comprenez l’intention. Nous le comprenons également, et nous résisterons contre sa réalisation et chercherons à obtenir une solution sur la base des principes acceptés par tous.

La formule que j’ai cité a été adoptée par tous les participants au processus. Afin d’aller dans cette direction, nous avons besoin des mesures de confiance, de l’élargissement de la coopération économique, de l’enlèvement des restrictions concernant l’activité des entreprises de Transnistrie, de la restauration des communications de transport. Sur le plan politique, il est nécessaire que Chisinau abandonne sa Loi de 2005, qui propose de résoudre le problème transnistrien dans le cadre de l’État unitaire, sans le statut spécial de la Transnistrie. C’est maintenant le problème principal.

Question : Comment la Russie voit l’efficacité des associations comme l’Association des administrations régionales de l’Asie du Nord-Est ?

Sergey Lavrov : Cela nous intéresse et nous les soutenons activement. Je suis même content que je ne savais rien au sujet de cette Association. Pourquoi content? Parce que vous travaillez et vous n’avez pas besoin spécial du soutien administratif et politique. Si nos régions ont un vif intérêt à coopérer avec les pays voisins, nous encourageons toujours cela.

Les régions des pays membres de l’Union Européenne et nos régions forment des associations correspondantes. Plus profondément les liens externes s’enfoncerons, jusqu’au au niveau des régions et municipalités, plus robuste sera le tissu de la collaboration avec les pays concernés. Naturellement, il faut rester dans le cadre du Décret du Président de Russie sur le rôle coordonnateur du Ministère des Affaires étrangères de Russie, c’est pourquoi, en cas du surgissement des questions concernant la politique extérieure, pas simplement les liens interrégionales, nous vous demandons nous en informer.

Question : Veuillez commenter la situation avec les citoyens syriens qui, en conséquence de la crise se sont établis dans la Fédération de Russie, ainsi que la situation en Syrie en général?

Sergey Lavrov : Notre législation réglemente les raisons du séjour des étrangers sur le territoire de la Fédération de Russie, la Loi spéciale réglemente les procédures de l’obtention de la citoyenneté russe. Si les gens s’intéressent tout simplement à attendre que la difficile période cesse, cela signifie qu’une demande correspondante est nécessaire. La Loi prescrit les critères pour ceux qui souhaitent obtenir la citoyenneté de la Fédération de Russie.

En ce qui concerne la situation en Syrie, aujourd’hui, c’est probablement le thème international plus aiguë qui est beaucoup plus large que le sort de l’Etat syrien. Elle affecte le destin de la région. Les questions surgissent : si les radicaux gouverneront la barque dans le monde islamique, si la paix entre diverses cultures et confessions sera détruite en Syrie et dans d’autres pays? Cela concerne aussi des conséquences pour la politique mondiale du point de vue de qui et comment prendra la décision : soit le Conseil de sécurité des Nations Unies, soit chacun selon le principe « je ferai tout cue que je veux».

Je répète, quand on nous dit que la Russie et la Chine sont coupables pour la continuation de la crise, il s’agit de la position très étriquée etdéshonnête. Nous sommes accusés que nous avons appliqué le droit de veto sans donner au Conseil de sécurité de l’ONU d’adopter une résolution qui contenait seulement les menaces à l’égard du régime. Pourtant ceux qui nous accusent ferment les yeux sur les actions des groupes armes de l’opposition. Alors maintenant, certains ont commencé à dire qu’il fallait, généralement, laisser de côté le Conseil de sécurité des Nations Unies car il n’était pas en mesure de prendre une décision. Je rappellerais que le droit de veto n’est pas un caprice de quelqu’un ou une fiction de quelqu’un. Cela fait partie du droit international fixé dans la Charte des Nations Unies. Ce droit, à propos, a été créé sur l’initiative des États-Unis. Les américains insistaient sur cela, en citant comme l’argument, le sort triste de la Ligue des Nations, où le droit de veto n’existait pas, et le principe « un pays, une voix » était en vigueur. Alors, dans cet état, la Ligue des Nations ne pouvait pas prendre des décisions efficaces. Les États-Unis n’y participaient pas.

L’Organisation des Nations Unies a fixé le droit de veto dans sa Charte. Cinq grandes puissances possèdent de ce droit : Russie, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Chine. Donc, les décisions du Conseil de sécurité en vertu de la Charte des Nations Unies sont considérées comme adoptées si aucun de ces cinq Etats ne votera pas contre. Voici le sens du droit de veto. Lors de la création de l’ONU, ceux qui écrivait sa Charte, comprenaient parfaitement que, si ne pas prévoir un « fusible », si prendre des décisions contre la volonté de l’une de ces grandes puissances, alors les décisions ne seront pas efficaces. Les décisions ne seront pas réalisables ou entraîneront des conséquences indésirables du point de vue du maintien de la paix et la sécurité. C’est pourquoi, l’application du droit de veto c’est la réalisation de la responsabilité du sort de l’ordre mondial. Donc, ceux qui tentent de nous exposer avec la République de Chine comme «principaux freins » de leurs ambitions géopolitiques, devraient comprendre cela. Ils ne devraient pas oublier que nous exerçons le droit de veto beaucoup plus rarement que, par exemple, les États-Unis.

La situation actuelle, si l’analyser en forme des thèses, consiste en ce que des problèmes graves ont surgi naguère en Syrie. Le peuple voulait plus les droits socio-économiques et politiques. Les gens se sont fatigues du système de parti unique parce que le parti Renaissance Arabe Socialiste a été au pouvoir pour de nombreuses décennies. Les réformes ont clairement mûri. Le gouvernement n’effectuait pas ces réformes. Les démarches, affrontements armés ont commencé. Maintenant on peut disputer très longtemps au sujet qui en fin de compte est coupable. Bien sûr, l’administration avec le Président Bashar al-Assad en tète a commis beaucoup d’erreurs. Les réformes ont commencé avec très grand retard. Elles n’ont pas pu enlever le mécontentement du peuple. Bien sûr, tout pourrait être fait de la façon différente.

Pourtant, toutes les parties commettent des crimes. Les actions armées sont accompagnent de violations grossières du droit international humanitaire, des droits de l’homme. Les organisations internationales des droits de l’homme reconnues disent que il n’y pas des anges en Syrie. La priorité ne consiste pas maintenant en négociations au sujet qui soit coupable et qui soit innocent ou en formation des tribunaux pénaux internationaux, surtout en tenant compte que nous avons déjà vu le degré de leur efficacité et équité. La tâche principale consiste à mettre fin à la violence.

Sur notre initiative, le « Groupe des actions» lors de sa rencontre à Genève le 30 juin de cette année a convenu justement de cela. En même temps il a approuvé le communiqué développé dans lequel les parties ont convenu de ce que tous influenceront sur les parties syriennes pour qu’elles cessent simultanément l’effusion de sang. Ce communiqué contenait également l’appelé à retourner les observateurs de l’ONU en Syrie pour qu’ils puissent contrôler le respect des obligations de cessez-le-feu et la nomination par les parties du conflit des négociateurs pour commencer un dialogue politique en vue de convenir de la composition de l’ organe « d’administration transitoire ». Cette position est honnête et précise.

Cependant, nos partenaires, après la rencontre de Genève, ont commencé à «racquitter en arrière », parler qu’on peut faire tout, mais seulement si Bashar al-Assad partira dans le néant. De quelle façon ça n’a d’importance. Notre réponse est simple : si nous tous étions honnêtes quand nous disions que la principale priorité est de mettre fin à la violence, alors il faudrait, sans conditions préalables, forcer toutes les parties syriennes d’arrêter de tirer. Si la tâche principale de nos collègues est le renversement du régime et, personnellement, du président Bashar al-Assad, alors ils devraient comprendre que, en général, cet objectif politique sera paye par les vies des Syriens, étant donné que la guerre va poursuivre. Voilà tout, à proprement parler. Nous sommes prêts à parler avec n’importe qui, aussi longtemps qu’il sera nécessaire (bien qu’il reste peu de temps), sur la façon comment transformer les accords de Genève en actions pratiques.

Aujourd’hui à Genève se tient la rencontre de mon suppléant Mikhaïl Bogdanov avec le premier suppléant du Secrétaire d’Etat des États-Unis avec participation du Représentant spécial de l’ONU et de la Ligue des États arabes Lakhdar Brahimi, dont nous avons convenu avec Hillary Clinton il y a quelques jours quand nous nous sommes rencontres à Dublin «en marge» du Conseil des Ministres des Affaires étrangères de l’OSCE. Par ailleurs, les américains avaient l’intention préméditée de discuter la question comment faire tout cela sans le Président Bashar al-Assad. Nous ne pouvons pas agir de telle façon. Notre position n’a pas changé, nous ne sommes pas disposés à prendre les décisions au nom du peuple syrien. Il est nécessaire d’exercer une influence sur toutes les parties syriennes pour mettre fin à la violence et seulement ensuite leur fournir des conditions favorables aux négociations pour qu’eux-mêmes puissent présenter des prétentions l’un à l’autre et chercher des compromis : c’est la seule chose que nous pouvons faire. Par conséquent, lors des consultations à Genève d’aujourd’hui notre position ne contient pas aucunes conditions préalables dans notre position. Elle n’a pas changé.

Question : Veuillez commenter les relations entre la Russie et la Géorgie à l’étape actuelle.

Sergey Lavrov : J’ai déjà dit que la nouvelle administration de la Géorgie (en ce cas le gouvernement, parce que le Président est resté) a nommé le représentant spécial Zurab Abachidze, qui travaillait jadis en tant que l’Ambassadeur de la Géorgie en Russie. Il sera responsable des questions relatives à la normalisation des relations avec notre pays. On fait également des déclarations publiques au sujet de la nécessité de rétablir des liens économiques et contacts culturels. Nous n’avons jamais été contre cela.

Nous commençons par le fait que nous n’avons pas rompu les relations diplomatiques avec Tbilissi. Même quand la guerre a terminée, quand l’aventure de Mikhaïl Saakashvili a été coupe court, nous n’avons jamais désiré de rompre les relations diplomatiques. Par ailleurs, je dirais une chose intéressante : après cette guerre, nous étions prêts à rechercher des compromis à l’égard du statut de l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. Lorsque nous convenions des plans, avec participation de Nicolas Sarkozy et Dmitry Medvedev, présidents précédents de la France et de la Russie, ceux-ci, entre autre, fixaient notre volonté de tenir une discussion à propos de la sécurité fiable de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud et leur statut. Après l’envoie de ce document à Tbilissi, le président Mikhaïl Saakashvili a catégoriquement refusé de discuter le statut de ces républiques. C‘était pour nous le tout premier signal clair que ces républiques ne seront pas en sécurité au sein de la Géorgie, et la survie de leurs peuples pourrait remise en question.

Ensuite, quand Mikhaïl Saakashvili a commencé à faire les déclarations que « nous y retournerons! », et le revanchisme est devenu clairement manifesté, le gouvernement russe a pris la décision laquelle vous connaissez. Nous comprenions les conséquences et les pertes possibles, mais nous avons pris cette décision absolument consciente puisqu’il était impossible de garantir la sécurité et, peut-être, la survie de ces peuples par autre voie.

Les relations entre la Russie et la Géorgie ont été rompues. Mais ces dernières années lorsque la partie géorgienne proposait toute initiative concrète visée à améliorer les contacts mutuels des citoyens de nos pays, nous répondions toujours de la manière constructive. Peu de gens le savent, mais déjà deux années auparavant les charters aériennes entre plusieurs villes de la Russie et la Géorgie ont été restaures. Récemment, le nombre de vols a été augmenté. Nous sommes prêts à envisager la possibilité de la reprise des vols réguliers.

Chaque fois lorsque des cas humanitaires surgissent, nous délivrons des visas immédiatement. Nombreux acteurs et cinéastes géorgien travaillent dans nos théâtres. Quand l’Union des hommes de théâtre de la Russie nous demande, nous accédons aux désirs de celui-ci et délivrons des visas pour la période demandé. Nos représentants de la culture visitent périodiquement la Géorgie, les représentants d’établissements d’enseignement se communiquent. Il n’y a aucun obstacle pour faire cela.

Quand on nous dit que la Géorgie souhaite normaliser davantage nos relations, nous sommes prêts à envisager cette possibilité. Il ne faut pas oublier que l’électricité et le gaz sont fournis par les sociétés avec participation russe. Nous sommes prêts aux initiatives et idées raisonnables, provenant de la vie et préoccupations des gens. Cependant, nous voulons comprendre le contexte dans lequel on nous propose d’améliorer les relations. Parce qu’en parallèle aux propositions sur la normalisation, le cours de la Géorgie à l’adhésion à l’OTAN est confirmé avec certitude à 100 %, il est fixé que Tbilissi considère l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud comme « territoires occupés », donc probablement il cherchera à utiliser la direction de la pensée de l’OTAN, y compris pour résoudre ce problème. Enfin, nous sommes préoccupés des moments concrets liés à la mentalité d’occupation, comme, par exemple, la Loi « sur les territoires occupés », selon lequel tout étranger, qui est arrivé à la Géorgie et qui avait visité auparavant l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud et dans le passeport duquel il y avait l’enregistrement témoignant sur le séjour dans ces pays, sera assujetti à la punition criminelle. Justement en relation de telles accusations, plusieurs citoyens russes ont été emprisonnés. Actuellement, nos intérêts en Géorgie sont présentés par la Suisse. Auprès de l’ambassade de la Suisse à Tbilissi il y a une section « des intérêts de la Russie » où un groupe de nos diplomates travaille efficacement. A l’aide de ce groupe, nos compatriotes emprisonnés tentent de changer les condamnations qui ne répondent absolument aux normes judiciaires. Hier, nous avons reçu un message que nous revérifions à propos de la libération d’un certain nombre de personnes condamnées pour l’article ci-dessus mentionné.

Revenant au thème, je dirais que la « main tendue » en plan de l’économie concernant les questions ayant l’intérêt pratique pour la partie géorgienne agit entièrement en ligne avec le cours absolument rigide qui ne tient pas en compte des nouvelles réalités dans la région. Nous voudrions comprendre le contexte de l’intérêt de nos voisins géorgiens. Nous répondrons aux propositions que nous avons reçu de Zurab Abashidze, Représentant spécial du Premier ministre de la Géorgie. Je croie que bientôt nous aurons des contacts avec lui, et j’espère que la rencontre permettra de clarifier certaines choses.

Question: Nous avons une initiative visant à créer un mouvement de jeunesse des pays BRICS. Le Ministère des Affaires étrangères est prêt à la soutenir ?

Sergey Lavrov : Le BRICS ce n’est pas une organisation structurée où travaillent les salaries, c’est un forum qui se réunit périodiquement. Outre les sommets, il y a les forums sectoriels des ministres des affaires étrangères, des ministres des finances, des chefs d’un certain nombre d’autres ministères. Maintenant, la position de toutes les participants consiste en ce qu’il faudrait laisser cette structure travailler dans le format existant, ne pas créer de nombreux offices et le secrétariat. Chaque pays préside à son tour (la Russie préside en 2014-15), organise les rencontres au niveau des ministres, ensuite recueille le sommet.

Si parler à propos du Forum sans une structure fixe, il me semble ça sera une bonne expérience. Allons essayer. Si vous avez besoin de notre aide, par exemple, de l’assistance des ambassadeurs, ou vous voulez connaitre des opinions des Indiens, brésiliens et d’autres participants, nous sommes prêts à vous aider. A votre place, maintenant je ne m’empresserais pas de créer des mécanismes permanents car le rythme est défini par les chefs des Etats.

Question : Sergey Viktorovich, comment la Russie construirait les principes des relations entre la Russie et la Chine avec les nouveaux dirigeants?

Sergey Lavrov : Il me semble que les relations entre la Russie et la Chine conserveront inévitablement la continuité. En ce qui concerne la Russie, nous allons développer les directions décrites dans l’article du Président de Russie Vladimir Putin « La Russie et le monde changeant », où une attention très grave est prêtée à la Chine. Et c’est compréhensible.

Aujourd’hui, nous avons parlé de l’importance de nos relations, lesquelles peuvent être caractérisées comme les relations de bon voisinage, les relations de la coopération et du partenariat stratégique. Au cours des dix dernières années, elles ont été renforcées de la manière sans précédent dans tous les domaines : économique, humanitaire, éducatif, scientifique et, surtout, international.

Notre principal intérêt économique est anoblir la structure des exportations russes dans la Chine en accroissant les volumes de la coopération commerciale et d’investissement. À cette fin, dans le cadre de l’une des sous-unités d’une Commission dirigée par des chefs de gouvernement, un mécanisme spécial a été créé. Les réunions ont lieu chaque année, ses résultats sont rapportés au Président de Russie et au Président de la République populaire de Chine. Nous voulons, sans réduire les rythmes de notre coopération en matière énergétique, avancer dans le domaine des hautes technologies en vue de fournir à la Chine des produits russes de haute technologie. Ce travail est effectué, bien que le facteur de concurrence joue ici un certain rôle. En outre, nous espérons à une approche plus intéressée de la partie chinoise. Nous devrons tenir en compte les intérêts économiques de nos deux pays, obtenir des accords de la nature complexe.

Nous considérons aussi la Chine comme un acteur très important sur la scène mondiale. La puissance économique de la Chine s’augmente. Il s’agit déjà de la deuxième économie du monde. Il est prévu que dans un proche avenir, certains disent que dans les prochaines années, le produit brut intérieur de la Chine dépassera le PIB des États-Unis. Il est à noter que les possibilités financières de la République populaire de Chine sont incomparables avec ces possibilités d’autres pays, y compris les réserves de change. La puissance économique et financière donne l’influence politique.

Je sais que de nombreux experts sont préoccupés de cette tendance. Nous n’avons pas telles craintes. Nous partons de ce qu’il est toujours préférable de ne pas essayer de limiter la croissance de l’influence de quelqu’un, au lieu de cela il faudrait rechercher les points de convergence. Dans ce domaine, nous avons une compréhension mutuelle complète avec la Chine.

Notre approche est le suivant : la région Asie-Pacifique est l’une des priorités de la politique extérieure de la Russie, donc, nous désirons pour que le système de sécurité sans blocs soit construit. Actuellement, là-bas des mécanismes « faits avec des chiffons » ont été créés, y compris les blocs militaro-politiques avec participation des États-Unis, du Japon, de la République de Corée, de l’Australie. En parallèle, les processus plus démocratiques et ouverts se développent, plus particulièrement, ceux basés sur l’ASEAN, qui a développé un réseau de partenariats de dialogue. La Russie y participe activement. Nous sommes devenus également l’un des participants au mécanisme des sommets de l’Asie de l’Est qui a été proposé par l’ASEAN. Si la Coopération Economique pour Asie-Pacifique est une plateforme unique pour les premières personnes des Etats où elles discutent de questions économiques, les sommets de l’Asie de l’Est sont une plateforme où les leaders des pays correspondants discutent de questions complexes, y compris les problèmes de la sécurité. La Russie et la Chine ont lancé une initiative conjointe sur le début de la formation dans la région l’Asie-Pacifique d’une nouvelle architecture de la sécurité, ouverte et ne faisant partie des blocs, qui s’appuiera sur les principes fondamentaux du droit international et sur le principe de l’indivisibilité de la sécurité quand personne n’assurera sa sécurité au détriment de la sécurité d’autrui. C’est, à proprement parler, le même principe sur lequel notre initiative relative à la sécurité euro-atlantique a été basée. Ici nous avons un très vaste champ pour l’interaction.

Nous partons de ce que toutes controverses surgissant dans ce domaine (certains d’entre eux concernent la République populaire de Chine) ne devraient pas être politisées et internationalisées. Elles devraient être réglées directement, via dialogue mutuel et obtention des accords mutuellement acceptables entre les pays concernés.

Au niveau mondial, la Russie et la Chine sont les proches partenaires au Conseil de sécurité des Nations Unies, qui ont l’attitude absolument identique envers la situation dans le monde, qui respectent le principe de la primauté du droit dans les affaires internationales. Certains pays parlent de la primauté du droit uniquement à l’intérieur de l’Etat, tandis qu’ils n’aiment pas vraiment quand le slogan de la primauté du droit s’applique à la scène internationale. Cependant, la Russie et la Chine sont convaincues que l’attention prêtée à ce principe dans l’arène internationale ne devrait pas être moins par rapport à celle prêtée à l’intérieur des Etats. Notre approche envers tout problème mondial, soit-il la Syrie, la régularisation au Moyen-Orient, le programme nucléaire de l’Iran ou le problème nucléaire sur la péninsule coréenne, consiste en recherche des conventions diplomatiques et politiques acceptables pour toutes les parties concernées. Dans le cas contraire, ils ne seront pas viables.

Nous sommes opposés à la pratique quand la solution de tout problème est accompagnée par le recours immédiat aux sanctions, surtout unilatérales, lesquelles touchent aux intérêts des pays tiers qui ne violent pas les lois et règlements internationaux. Nous sommes opposés aussi à résoudre les problèmes au moyen de l’ingérence dans les affaires intérieures, d’autant plus de l’ingérence avec application de la force, ce qui souvent est utilisé sous les slogans de la défense les droits de la population civile et de la prévention d’une catastrophe humanitaire, mais en fait, cela poursuit le but de changer un régime. Telles tentatives sont maintenant visibles. La Russie et la Chine, en utilisant leur son statut des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, remplissent leurs engagements avec le sens des responsabilités. Nous défendons le droit international contre les tentatives de résoudre les affaires en violant des normes internationales convenues, en particulier de la Charte des Nations Unies.

La coopération entre la Russe et la Chine dans le domaine humanitaire se développe très dynamiquement. Le recteur de l’Université d’Etat de Moscou Victor Sadovnitchiy, avec nos collègues chinois, participe directement à l’organisation d’échanges d’étudiants. Il s’agit d’une idée très intéressante, et nous la soutenons activement. Vous savez que en relation avec des diverses catastrophes naturelles, nous invitons les enfants chinois à nos sanatoriums et bases de loisirs, la partie chinoise fait la même chose pour nos enfants. Les années de la langue russe ont été organisées en Chine, les années de la langue chinoise – en Russie. Cela a d’importance extrêmement grande pour que nos citoyens établissent les contacts mutuels et l’interaction amicale entre nos deux pays soit renforcée.

Les investissements chinois viennent en Russie, alors, nous sommes naturellement sensibles aux ces faits. Nos deux pays disposent d’un mécanisme des voyages sans visa de groupes des touristes. Tout cela est très important, lorsque la législation de migration soit respectée. Il y a un groupe de travail spécial et un mécanisme pour éviter les violations de la législation de migration et l’immigration clandestine.

Question : Que fait-on pour garder la mémoire de la gloire militaire russe à l’étranger ? Il existe une tendance vers la réécriture de l’histoire de la seconde guerre mondiale. Par exemple, on affirme que la Chine a été libérée par des Américains. À son tour, les chercheurs israéliens accusent la Russie de ce que nous défendons l’histoire insuffisamment. Comment pouvez-vous commenter les livraisons des avions IL-76 en Chine ?

Sergey Lavrov : Cette année j’ai visité Dalian, où le monument commémoratif consacré aux soldats soviétiques a été restauré. Il est en très bon état. Là le musée a été ouvert, les soins donnés aux cimetières sont idéales, non seulement à celui où les restes des soldats morts au combat reposent, mais aussi au cimetière des héros de Port Arthur.

Nos collègues chinois jusqu’à récemment montraient l’attitude très réservée envers notre désir de faire soin des tombes des soldats péris en 1905. Grâce au renforcement du partenariat sino-russe, nous avons pu prendre la décision correspondante, et le fonds privé russe a donné des ressources qui ont permis de mettre ce cimetière à l’état impeccable.

Une remarque intéressante : à l’extrémité du cimetière russe les japonais ont érigé un obélisque sous lequel les corps de nos soldats péris qui n’ont pas été transportés en Russie ont été enterrés. Il a une inscription: « ici reposent les restes de soldats russes qui sont morts au combat ». Cela a été fait par les japonais ! Aucune idéologie. C’est que ces sentiments devraient prévaloir lorsqu’on parle de l’histoire.

Visitant beaucoup de fois la Chine et parlant avec mes collègues chinois, je n’ai pas entendu que en Chine la version domine que la Chine prétendument a été libéré par les américains. Si vous avez des exemples, je vous serais reconnaissant si vous les transmettrez à nous. Et nous et les chinois considérons que la Victoire de 1945 a été notre exploit commun.

A propos des Israéliens je dirais que peut-être quelqu’un d’entre eux a des raisons d’affirmer que nous défendons l’histoire moins énergiquement qu’eux. Pour les Israéliens l’Holocauste c’est le saint mémoire et ils apprécient beaucoup que la contribution décisive à la défaite du fascisme et à l’impossibilité de l’Holocauste global a été faite par les peuples de l’Union soviétique.

Ces derniers temps, nous observons des sursauts du néonazisme dans les États baltes et certains pays de l’Europe occidentale. Nous s’y opposons et insistons que personne n’ait pas le droit de réécrire l’histoire de la guerre, nous y branchons les organisations juives, à savoir, le Congrès juif mondial, le Congrès juif européen. Nous parlons aussi à propos de cette question avec le gouvernement israélien. Lorsque les tentatives surgissent de présenter les soldats de SS comme des héros, organiser leurs marches, nous désirions que l’Israël s’oppose à cela avec nous plus activement et parle plus haut.

Je suis d’accord que nous avons besoin de nouveaux monuments. Ensemble avec le Ministère de la Défense (puisque c’est lui qui s’occupe des activités militaro-commémoratives), nous examinerons les possibilités que nous aurons pour les ériger.

À propos des avions IL-76 : il n’y a pas des limitations sur la coopération militaro-technique entre la Russie et la Chine. Si la République populaire de Chine a besoin des avions de transports militaires ou des avions d’un autre type, tout ça est discuté dans le cadre de la Commission spéciale. De plus, nous élaborons actuellement avec les chinois le projet conjoint d’un gros avion de transport.

Question : Dans son article, Vladimir Putin écrit que l’une des tâches de notre diplomatie est la prévention en Syrie de la guerre civile à grande échelle. Compte tenu de la poursuite de l’escalade du conflit, peut-on dire que notre diplomatie n’a pas vraiment pu s’acquitter de sa tâche ? La menace des pertes économiques, de la perte des marchés et des contrats perdus existe ?

Sergey Lavrov : L’article « La Russie et le monde changeant» de Vladimir Putin reste actuel même aujourd’hui. Nous faisons tous nos efforts pour arrêter l’effusion de sang. L’année dernière, à notre initiative, le Conseil de sécurité de l’ONU a adoptée par consensus le premier document à propos de la Syrie : la déclaration du Président du Conseil de sécurité qui contenait l’appel à tous les belligérants (gouvernement et opposition) d’arrêter les affrontements et transformer la situation en cours politique. Par la suite, en septembre-octobre 2011, conjointement avec la Chine, nous avons proposé un projet de la résolution qui renforcerait ces principes. Mais déjà alors, peut-être, nos partenaires occidentaux ont décidé de soutenir dans le conflit interne une partie, l’opposition. On a refusé même de discuter notre projet de la résolution. Il était inutile de la mettre aux voix parce qu’il ne gagnerait pas le nombre requis de voix.

Après cela, nous avons soutenu le plan de la Ligue des États arabes qui contenait une proposition d’envoyer dans la Syrie les observateurs arabes. Nous avons persuadé le Président Bashar al-Assad de mettre d’accord à ce plan et recevoir des observateurs. Le premier rapport préparé par les observateurs contenait une évaluation objective de ce qu’ils avait vu : les violations du côté du gouvernement, ainsi que du côté des belligérants. Ces informations ont été verbalisées et envoyées au Conseil de sécurité des Nations Unies. Sous la pression de certains États membres de la Ligue des États arabes, nos partenaires arabes ont révoque la mission et arrêté ses activités dans la Syrie.

Les projets de la résolution qui avaient le caractère univoquement unilatéral ont été présentés au Conseil de sécurité des Nations Unies. La Russie et la Chine, ayant utilisé leur droit de veto, ont voté contre, donc, la résolution n’a pas été adoptée. Le droit de veto est fixé dans la Charte des Nations Unies. Ce n’est aucun hasard que lors de la création de l’organisation des Nations Unies, le mécanisme a été prévu selon lequel, si l’une des cinq grandes puissances s’oppose, la décision ne sera pas acceptée. Cela a été fait parce qu’une décision qui n’a pas le soutien de tous les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies ne sera pas valide et ne contribuera pas à la stabilisation de la situation.

Je suis convaincu que telle principe reste complètement actuel. Par conséquent, ceux qui disent que le veto russe et chinois dévalorise le travail du Conseil de sécurité des Nations Unies, rusent. Le veto russe et chinois a été utilisé pour éviter l’intervention du Conseil de sécurité des Nations Unies dans le conflit interne, car le Conseil de sécurité ne dispose pas de tels pouvoirs. L’idée était (certains continuent à penser comme ça) la suivante : armer l’opposition « jusqu’aux dents » et assurer à lui un avantage sur le « champ de bataille », bien qu’il s’agit des villes et villages, ou créer une catastrophe humanitaire et justifier par cela l’intervention de l’extérieur.

Maintenant le thème de la présence en Syrie des armes chimiques est activement discuté. C’est un problème majeur, car si ces armes se trouveront entre les « mauvaises mains » et seront employés, les conséquences seront épouvantables. Maintenant on tente de présenter l’affaire de telle façon que le gouvernement syrien a des plans d’employer des armes chimiques. Nous considérons toute rumeur sur ce sujet très sérieusement et clarifiions immédiatement la situation en contactant l’administration de la Syrie. Selon nos renseignements (lesquels nous transmettons aussi à nos collègues européens et américains sur leur demande), le gouvernement syrien n’a aucune intention de ce genre. Je suis convaincu que telle intention ne peut pas être, parce que c’est une question trop grave. La plus grande menace de l’emploi des armes chimiques est la probabilité qu’ils se trouverons entre les mains des bandes armées, étant donné que, outre « l’armée libre syrienne » en Syrie combattent des groupes terroristes « affiliés » d’Al-Qaida, beaucoup d’entre eux sont des groupes criminels qui n’obéissent pas à personne. Les attaques contre les installations et entrepôts militaires sont de plus en plus fréquentes, il y a des cas de la prise des armes. Ces groupes ont des systèmes de missiles antiaériens portatifs. Ils menacent d’abattre des avions civiles et d’attaquer des aérodromes civils.

Nous avons exigé pour que le Conseil de sécurité des Nations Unies s’y oppose et condamne les actes terroristes qui ont lieu en Syrie. Malheureusement, notre partenaires occidentaux donnent leur accord à cela malgré soi, ils commencent même à opposer des arguments que «le terrorisme est inacceptable, mais c’est le Président Assad est coupable de la situation ». Il s’avère que le terrorisme peut être justifié. Tout ça ne correspond absolument à aucune des résolutions adoptées à l’unanimité a l’ONU, y compris par les américains et membres de l’OTAN.

Je répète, en juin 2012, à Genève, à notre initiative, la rencontre a eu lieu où le Communiqué a été adopté exposant le plan de la régularisation. Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, la Ligue des États arabes, la Turquie, l’Union européenne, le Secrétaire général de l’ONU ont participé à la rencontre. Le plan a été convenu selon lequel tous devaient «peser lourdement» sur les parties syriennes correspondantes et les forcer à arrêter de façon synchrone l’effusion de sang et à s’asseoir à la table des négociations, après avoir désigné pour cela leurs représentant autorisés. Nous avons pensé qu’après cela les travaux vont commencer.

Le gouvernement syrien a accepté de travailler sur la base de ce plan. Pourtant, l’opposition l’a immédiatement rejeté. La partie russe a proposé aux partenaires occidentaux à agir sur chaque côté du conflit. Tout en reconnaissant qu’ils étaient prêts à exécuter les accords et ne pas refuser du plan, nos collègues ont dit que tout d’abord Bashar al-Assad devait s’en aller. Excusez-moi, mais cette condition n’est pas prescrite par le document adopté !

Si l’essentiel est de sauver des vies, alors il faut respecter l’accord de Genève et forcer les parties syriennes à arrêter d’urgence le carnage. Si l’essentiel pour eux est la « tête » du Président de la Syrie, alors ils doivent comprendre que ce ne sont pas eux paieront mais les Syriens de leurs vies, et la guerre continuerait.

Nous faisons tous les efforts possibles. Aujourd’hui, le 9 décembre, le Vice-ministre du Ministere des Affaires Etrangères de Russie Mikhaïl Bogdanov se rencontre à Genève avec le sous-secrétaire d’Etat des États-Unis et le Représentant spécial des Nations Unies et de Ligue des États arabes Lakhdar Brahimi, où nous avons l’intention de faire respecter l’accord obtenu et ne consentirons pas à sa réécriture.

Nous ne pouvons pas parler sérieusement à propos de l’exigence sur la retraite de Bashar al-Assad non pas parce que nous voulons le conserver mais parce que pour nous le plus important est la cessation de l’effusion de sang. Bashar al-Assad a déclaré publiquement qu’il ne quittera pas son poste et il l’a réaffirmé à plusieurs reprises, y compris à son ancien premier ministre Riyad Khidzab qui s’est réfugié de la Syrie en juillet. Je me suis rencontré récemment avec lui en Jordanie, et il m’a dit que quelques jours avant de sa fuite il parlait avec Bashar al-Assad. Bashar al-Assad lui a dit qu’il ne disparaitrait pasmême si tout le monde l’exigeront: « je suis syrien, je suis né ici, c’est mon peuple, et je vais mourir ici » a dit-il.

Les conversations que, si la Russie et la Chine vont dire «nous sommes d’accord à la disparition de Bashar al-Assad », et ainsi la crise terminera, sont destinées aux imbéciles, pardonnez-moi l’expression non parlementaire. Ce qui sera demain ? – voilà la question difficile, parce que l’Occident et certains pays arabes ont pris tel cours vers la consolidation de l’opposition que serait réalisé pas sur la plate-forme de la volonté de mener le dialogue, mais à partir de l’aspiration à renverser le régime.

Récemment au Qatar le «Congrès d’unification» s’est tenu, qui a annoncé la création de la «coalition nationale des forces de la révolution et opposition syriennes ». La Déclaration adoptée a proclamé les principaux objectifs : renversement du régime de Damas, démontage des institutions étatiques et refus aux pourparlers avec le gouvernement. Cette position a été accueillie par les européens et américains avec enthousiasme. J’ai demandé Hillary Clinton, Secrétaire d’État des Etats Unies, comment se fait-il, après tout vous êtes pour la régularisation politique ? Elle a répondu que l’essentiel était unir l’opposition, et les objectifs, disent-ils, pourraient être corrigés. Mais comment ils peuvent être corrigés, s’ils ont été déclarés sans façon et péremptoirement ?

En ce qui concerne le démontage des institutions du pouvoir syriennes, dans le Communiqué de Genève il a été spécialement enregistrée qu’il est nécessaire de créer un «organe transitoire » sur la base de l’accord entre le gouvernement et l’opposition, mais à tout prix éviter la destruction des institutions. Sinon « tout volera en éclats ». Quand les participants de la rencontre de Genève ovationnent la consolidation de l’opposition sur la plate-forme du démontage des institutions, cela parle de lui-même. Les institutions syriennes actuelles assurent la cohabitation, coexistence et sécurité des divers groupes ethnico-religieux. Si détruire ça, les radicaux s’empareront du pouvoir. Qu’adviendra alors avec des minorités ?

Je comprends que la tâche de faire tout possible pour arrêter la guerre civile n’a disparu nulle part, mais nous ne pourrons l’arrêter un à un. Nous avons fait à Genève un pas très important en ayant persuadé tout le monde de signer le document contenant les mesures concrètes qui permettraient mettre fin à la guerre en Syrie. Pourtant, nos partenaires ont manifesté, pour ne pas dire plus, une inconsistance (peut-être, on pourrait qualifier leurs actions par le terme plus rigide). Malheureusement, il s’agit d’un fait, et nous ne sont pas capable d’influencer sur lui.