Conférence de presse de Maria Zakharova, porte-parole du Ministère russe des Affaires étrangères, Moscou, jeudi 21 juillet 2016

брифинг Захарова

Sur la situation actuelle en Syrie

 

Au sujet des thèmes régionaux, il convient d’abord de s’arrêter sur la situation actuelle en Syrie, qui reste tendue tant sur le plan militaire que politique. Les affrontements plus ou moins intenses entre les forces gouvernementales et les groupes terroristes se poursuivent dans le quartier Cheikh Maksud d’Alep, dans les provinces d’Idleb et de Homs, ainsi qu’à Daraya dans la banlieue de Damas. Les terroristes continuent d’essayer de renverser la situation près de Palmyre en y projetant des forces et des moyens supplémentaires.

Le 17 juillet, une attaque-suicide de Daech a fait 30 morts à Aïn al-Arab (nom kurde de Kobané).

Le nombre de villes syriennes soutenant localement le cessez-le-feu augmente: on en compte actuellement 191 selon le Centre de réconciliation des belligérants situé à la base russe de Hmeimim. Ces avancées sont atteintes avec le soutien des militaires russes.

Des négociations russo-américaines se sont tenues les 14 et 15 juillet à Moscou et comme l’a rappelé le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, l’un des thèmes centraux de l’ordre du jour était précisément le règlement du conflit syrien.

Lors de ses entretiens avec le Secrétaire d’État américain John Kerry, le ministre russe a évoqué la nécessité d’engager des démarches actives pour accroître la coordination des efforts dans la lutte contre le terrorisme sur une base universelle, sans aucun deux poids deux mesures, et pour régler la crise syrienne de manière politique et diplomatique. Nous considérons que cette solution n’a pas d’alternative et qu’elle seule permettra de régler la crise syrienne et de normaliser la situation dans ce pays. Le risque d’une montée en puissance de l’activité terroriste en dehors du Moyen-Orient est de plus en plus réel.

Nous pensons que le respect rigoureux des accords russo-américains conclus à Moscou (je pense qu’il serait parfaitement justifié de les appeler «accords de Moscou») sur les efforts communs de la Russie et des États-Unis dans la lutte contre Daech et le Front al-Nosra et dans le renforcement du cessez-le-feu pourra améliorer la situation en Syrie. Nous espérons que les accords conclus faciliteront de manière notable le règlement politique.

Nous espérons que la partie américaine tiendra sa promesse d’assurer la distinction entre les opposants modérés et les combattants du Front al-Nosra. Nous en avons parlé à plusieurs reprises: nos collègues américains ont aussi évoqué de tels plans et affirmé qu’ils étaient prêts à les engager en faisant le maximum. Les terroristes n’ont pas leur place en Syrie ni dans d’autres pays de la région. Ils doivent être éliminés pour que le peuple syrien puisse lui-même décider du sort de son pays de manière pacifique et démocratique. C’est précisément ce qui est prévu par la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies, ainsi que par les décisions du Groupe international de soutien à la Syrie (GISS) et par le document fondamental dans ce domaine: le Communiqué de Genève du 30 juin 2012.

Il est extrêmement important d’assurer le lancement d’un dialogue intersyrien inclusif sous l’égide de l’envoyé spécial du Secrétaire général de l’Onu pour la Syrie Staffan de Mistura, sans conditions préalables et sans ultimatums inopportuns. La Russie continuera de contribuer à une telle évolution de la situation dans tous les formats de pourparlers. C’est sous cet angle que nous préparons notre participation à la réunion trilatérale de haut niveau Russie-USA-Onu à Genève la semaine prochaine. Nous pourrons annoncer la date exacte quand elle sera fixée.

 

Sur les crimes commis contre des civils en Syrie

 

Ces derniers jours, nous recevons d’horribles communiqués rapportant des actes de cruauté et des crimes inhumains en Syrie. Nous sommes très préoccupés par l’information selon laquelle les frappes de la coalition, notamment contre Manbij (Syrie), ont fait des dizaines de morts et de blessés dont des enfants. C’est une nouvelle terrible. Bien sûr, il faut étudier cette information et rendre publics les résultats des vérifications et de l’enquête. Si ces faits horribles étaient confirmés, il faudrait en tirer les conclusions adaptées pour mettre en œuvre les mesures nécessaires afin d’empêcher que cela se reproduise.

Malheureusement, ce n’est pas la seule mauvaise nouvelle rapportée de Syrie ces jours-ci. Les rebelles de Harakat Nour al-Din al-Zenki (soutenus par les USA selon les informations disponibles) ont filmé l’exécution d’un jeune garçon âgé de 10 à 12 ans. Ces «modérés» (comme certains les appellent) ont décapité l’enfant simplement parce qu’il était soupçonné d’espionnage au profit des partisans du Président syrien Bachar al-Assad. Cet acte inhumain a été filmé. Selon les meurtriers, le garçon serait un espion des Brigades Al-Qods.

D’après la presse, le groupe rebelle Harakat Nour al-Din al-Zenki a capturé l’enfant près d’Alep. Il est impossible de regarder cette vidéo avec indifférence. A en juger par les vêtements de l’enfant et les marques sur ses bras, il a été torturé peu de temps avant sa mort.

Je le répète: si ces «hommes» sont qualifiés de «modérés», alors je pense que nous n’arriverons certainement pas à nous entendre. Ces individus n’ont jamais été modérés et ne le seront pas plus à l’avenir. Ces gens ne sont pas simplement des terroristes – ils n’ont aucune idée des principes communs sur lesquels reposent ce monde.

 

Sur l’arrestation du citoyen russe Dmitri Oukraïnski en Thaïlande

 

Je voudrais commenter l’annonce de l’arrestation du citoyen russe Dmitri Oukraïnski en Thaïlande car nous avons reçu de nombreuses demandes et, surtout, car nous nous en occupons très activement.

Selon les communiqués de l’Ambassade de Russie en Thaïlande, le citoyen russe Dmitri Oukraïnski a été arrêté à Pattaya le 15 juillet sur un mandat d’arrêt délivré par un tribunal thaïlandais. Le jour même, il a été placé en cellule de détention provisoire à la police de l’immigration de Bangkok. Selon les informations préalables obtenues de la police thaïlandaise, l’arrestation a eu lieu en réponse à une demande d’extradition des USA pour une prétendue implication du citoyen russe dans une opération de blanchiment d’argent sur le territoire américain.

Jusqu’à présent, nous n’avons reçu aucune notification officielle expliquant les motifs de l’arrestation du citoyen russe que ce soit de la part de la Thaïlande ou des USA.

Eu égard à cet incident et à son évolution, le 19 juillet le Chargé d’affaires par intérim de Thaïlande en Russie a été convoqué par le Ministère russe des Affaires étrangères pour une notification appropriée. L’Ambassade de Russie à Bangkok est en contact permanent avec la partie locale. Une note a été adressée au Ministère des Affaires étrangères de Thaïlande sur le caractère inadmissible de l’extradition du citoyen russe Dmitri Oukraïnski vers les USA.

Le personnel de notre mission diplomatique est en contact permanent avec le citoyen russe arrêté et ses proches pour lui apporter toute l’assistance nécessaire. Nous avons l’intention de tout faire pour le libérer et le rapatrier en Russie.

 

Sur la situation actuelle en Arménie

 

Nous avons également reçu de nombreuses demandes de commentaire sur la situation en Arménie. Nous condamnons fermement la prise armée de l’enceinte d’un commissariat à Erevan le 17 juillet, qui a entraîné la mort d’un policier arménien. Nous jugeons inadmissibles ces crimes qui représentent une menace directe à la vie et à la sécurité des citoyens de la république.

Nous soutenons les mesures prises par les autorités arméniennes et nous espérons qu’elles permettront de débloquer au plus vite la situation, de libérer les otages et de mener une enquête exhaustive sur l’incident pour sanctionner les responsables.

 

Sur l’attaque contre une base militaire au Mali

 

Le 19 juillet, des rebelles de groupes radicaux ont attaqué une base militaire à 500 km au nord de Bamako, la capitale du Mali. 17 militaires maliens ont été tués et plus de 30 ont été blessés.

Moscou condamne fermement cette nouvelle incursion des extrémistes visant à déstabiliser la situation et à saper le processus de paix au Mali.

 

Sur la nouvelle version du Livre blanc de l’armée allemande

 

Passons à notre rubrique favorite: «Les actualités de la russophobie». Aujourd’hui elle sera très remplie.

Commençons avec la nouvelle mouture du Livre blanc de l’armée allemande, pleine de déceptions. Comme vous le savez, ce texte constitue la doctrine fondamentale de l’Allemagne en matière de défense et de sécurité. Il est approuvé par le gouvernement allemand et servira de référence à Berlin pendant de nombreuses années. Malheureusement, il manie comme des vérités toutes les accusations injustes vis-à-vis de la Russie.

Le document contient d’abord une conclusion sans appel selon laquelle la Russie rejetterait le partenariat étroit avec l’Occident, préférant miser sur la rivalité stratégique. Bien sûr, en exposant des faits qui ne correspondent pas à la réalité et en s’auto-persuadant qu’ils sont justes, il est possible d’arriver à une telle conclusion. Comme vous l’avez compris, Berlin est convaincu que si la Russie ne changeait pas radicalement sa ligne dans un avenir proche, notre pays resterait un défi pour la sécurité sur le continent européen. C’est une conclusion étrange.

Même si cette nouvelle doctrine émet des réserves et réaffirme la nécessité de coopérer avec la Russie là où nos intérêts convergent, cela n’annule pas le fait qu’en adoptant ce Livre blanc Berlin fixe pour de nombreuses années une approche de confrontation dans ses rapports avec Moscou. La Russie passe du statut de partenaire dans le règlement des problèmes internationaux d’actualité à celui de facteur d’instabilité, de cause qui exerce un impact négatif sur la sécurité allemande notamment.

Que ce document pèse sur la conscience de ses auteurs. Il n’a rien à voir avec les véritables objectifs de la politique étrangère et sécuritaire de la Russie. Pour nous, tout est évident. Cette nouvelle attaque antirusse de Berlin est regrettable et nous en tiendrons compte dans nos travaux bilatéraux.

 

Sur les déclarations de la Première ministre britannique Theresa May et des membres de son gouvernement vis-à-vis de la Russie

 

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour entendre ce que pense le nouveau gouvernement britannique de la Russie. Moins d’une semaine après la formation du nouveau cabinet, la Première ministre Theresa May a fait une série de déclarations étranges promouvant notamment des idées spécifiques sur une prétendue «menace nucléaire russe». Elle a même pris la liberté d’aller plus loin encore. Honnêtement, on aurait pu s’attendre à un renouvellement du vocabulaire employé vis-à-vis de la Russie avec le changement de cabinet. Ce n’est toujours pas le cas.

Je voudrais noter que ces déclarations ont été commentées par le porte-parole du Président russe Dmitri Peskov. Au fond, il n’y a probablement rien à ajouter. On espère seulement que ces premières déclarations ont été rédigées «à l’ancienne» et que le nouveau cabinet fera preuve de davantage de créativité et d’initiative dans l’élaboration de sa propre stratégie, au lieu d’utiliser ce qui reste de ses prédécesseurs.

D’ailleurs, ce nouveau cabinet semble nouveau mais certains de ses membres faisaient partie du précédent. Par exemple, le Ministre de la Défense Michael Fallon a gardé son portefeuille après le changement de gouvernement: il est connu pour avoir tenu des propos complètement bizarres et insensés au sujet de notre pays — il a notamment déclaré que la présence militaire russe près des côtes syriennes était «un nouveau défi pour l’Otan». Sur les sites officiels du Ministère russe des Affaires étrangères et du Département d’État américain, on publie régulièrement les sténogrammes des conférences de presse communes du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et du Secrétaire d’État américain John Kerry. Nous publions régulièrement des communiqués de presse sur les entretiens téléphoniques entre les chefs de diplomatie de la Russie et des États-Unis. Les conversations entre nos ministres ont lieu aussi bien en tant que chefs de diplomatie que représentants de la Russie et des USA à la tête de la coalition qui travaille en Syrie pour éliminer les terroristes. Le Royaume-Uni ignore-t-il que les USA, étant le plus grand pays de l’Otan et même son leader qui forme l’agenda de l’Alliance, ont commencé depuis longtemps à coopérer activement avec la Russie sur la question syrienne? En principe, même les enfants le savent. Je pense que Michael Fallon est également bien placé pour le savoir. Honnêtement, je ne comprends pas comment peuvent cohabiter dans un même cerveau des idées aussi contradictoires que  la compréhension du fait que la Russie et les USA coopèrent en Syrie, d’une part, et le fait que la Russie constitue un nouveau défi pour l’Otan de l’autre. A qui s’adressent de telles déclarations? Je ne crois pas qu’elles s’adressent aux Britanniques — ils sont trop intelligents et instruits pour qu’on puisse leur faire avaler cette absurdité. Alors à qui?

Je ne pense pas qu’on répète ce mantra pour soi-même.

On voudrait croire que quelque chose changera dans le Royaume.

 

Sur la réaction du Premier ministre monténégrin Milo Djukanovic au commentaire de la porte-parole du Ministère russe des Affaires étrangères formulé jeudi 14 juillet

 

Je voudrais revenir à la question du Monténégro mais, malheureusement, pas dans le sens positif que nous aurions désiré. Le service des relations publiques du gouvernement monténégrin a publié un communiqué disant que Milo Djukanovic était navré de notre déclaration faite pendant la conférence de presse du 14 juillet, tant sur le fond que sur la forme. Nous y réagissions aux propos de Milo Djukanovic qui parlait de «propagande russe» diffusée pour des «esprits fébriles» encore pas renforcés par les «hauts idéaux» de l’UE et de l’Otan. Plus tôt, Milo Djukanovic avait dit que la Russie était «derrière les tentatives de déstabiliser la situation au Monténégro» et qu’elle jouait un «rôle actif dans l’organisation de protestations contre les autorités à Podgorica».

J’ignore ce qui l’a vexé. Nous avons exposé notre position de manière très claire. D’après nous, dire que «l’espace inoccupé par l’UE et l’Otan sera rempli par d’autres forces – la Russie ou les islamistes radicaux», n’est certainement pas une déclaration correcte sur le fond et sur la forme. De plus, de telles déclarations ne signifient qu’une chose: l’individu à la tête du Monténégro refuse aux pays, y compris voisins, le droit de choisir eux-mêmes leur avenir politique en s’appuyant sur le bon sens et la volonté du peuple. On ignore pourquoi il adopte cette position.

De telles déclarations sont offensantes pour les pays non-membres de l’Union européenne et de l’Otan. Si, pour Milo Djukanovic, l’Alliance est l’unique repère alors cela le regarde: il ne faut pas juger tout le monde par rapport à soi-même.

Je voudrais m’arrêter également sur la position du dirigeant monténégrin concernant un éventuel référendum sur l’adhésion à l’Otan, qu’il conviendrait d’organiser du moins pour demander l’avis de la population et pour savoir ce que les citoyens pensent de cette démarche. A nos déclarations et commentaires, les autorités du pays ont répondu qu’elles prendraient elles-mêmes une décision concernant l’organisation d’un référendum. Très bien: il ne reste plus qu’à savoir qui désigne exactement ce «nous-mêmes». S’il est question de la population, alors laissez-la s’exprimer. Si vous faites allusion à vous-même, monsieur Djukanovic, alors il ne faut pas prendre ses désirs pour la volonté du peuple, cela n’est rien à voir.

Je voudrais rappeler au premier ministre monténégrin (c’est étrange qu’il ne le sache pas) qu’un référendum n’est pas une invention de la «propagande russe», comme il voudrait le présenter mais une institution primordiale de la démocratie directe qui offre directement à la population la possibilité de s’exprimer sur les questions les plus existentielles pour le développement de leur pays. C’est l’un des moyens de faire participer le public à la prise de décisions importantes pour l’État et pour chaque citoyen en particulier. En l’occurrence, l’importance et la pertinence d’un tel référendum est indiscutable.

 

Sur l’interdiction d’entrer sur le territoire turc à un groupe de tournage de la chaîne russe REN TV

 

Malheureusement, le groupe de tournage russe de REN TV qui se rendait en Turquie a été impliqué dans un incident indépendamment de sa volonté: en passant le contrôle douanier à l’aéroport d’Istanbul le 18 juillet, le correspondant Valentin Trouchnine et l’opérateur Mikhaïl Fomitchev n’ont pas été autorisés à passer la frontière car leurs noms se trouvaient sur la liste des individus interdits de séjour dans ce pays. Ils ont également reçu des documents attestant de la validité de cette interdiction pendant cinq ans.

Nous avons commenté à plusieurs reprises la question relative à cette «liste noire» de journalistes russes. Nous l’avons évoquée non seulement dans la sphère publique, mais également avec nos collègues turcs lors des entretiens avec les représentants du Ministère turc des Affaires étrangères. Malheureusement, même les notes de l’Ambassade de Russie en Turquie restent sans réponse.

Nous espérons recevoir rapidement des explications officielles de nos collègues turcs quant à l’existence de cette liste noire et d’autres listes qui bloquent l’entrée aux journalistes étrangers. Nous pensons également que compte tenu des tendances positives et des progrès dans les relations entre nos deux pays, la pratique des listes noires — qui n’est pas, j’espère, un moyen de pression sur les journalistes mais qui empêche leur activité — sera stoppée, et que ces mesures d’interdiction seront levées.

 

Réponses aux questions:

Question: Comment les événements en Turquie et en Arménie pourraient-ils se refléter sur le processus de paix du Haut Karabagh et sur la prise de décisions à ce sujet? Comment l’entrée en jeu de la Turquie dans ce dossier pourrait-elle faire évoluer la situation?
Réponse: Premièrement, j’ignore pourquoi vous avez mis dans le même panier la situation en Turquie, en Arménie et en Azerbaïdjan. Je pense qu’elles n’ont rien à voir entre elles. Nous avons commenté concrètement la situation dans chacun des pays mentionnés, séparément, quand c’était nécessaire. C’est une première chose.

Ensuite, en ce qui concerne l’adhésion de la Turquie au processus de paix dans le Haut Karabagh et de tout autre pays à tout autre processus de paix, je voudrais souligner que chaque contribution constructive doit être considérée comme telle. Si un État ou ses représentants officiels ont quelque chose de positif à apporter, alors il ne doit pas y avoir de problèmes, il me semble. Mais c’est uniquement le cas quand il s’agit d’une contribution constructive.

Quant au contexte intérieur des pays qui peuvent influencer le processus de paix du Haut Karabagh, l’évolution de la situation en Arménie et en Azerbaïdjan est directement liée à ce qui se passe dans ces pays. C’est une évidence. Le processus de paix du Haut Karabagh est directement lié à ces pays, à ce qui s’y passe. Nous partons du fait que les efforts qui sont entrepris aujourd’hui, y compris par la Russie, pour régler le conflit du haut Karabagh — un processus qui a commencé de manière très intensive — ne perdra pas sa dynamique. Nous espérons que cela permettra d’avancer.

Les situations dans chaque pays évoluent. Nous partons du fait que le processus de paix du Haut Karabagh et l’impulsion donnée, y compris avec la participation de la Russie, ne doit pas s’arrêter.

Question: Le sport russe — autrefois soviétique — a joué un très grand rôle dans l’évolution du sport mondial. Aujourd’hui, la Russie a été exclue des Jeux olympiques. Que pouvez-vous en dire?
Réponse: Les commentaires à ce sujet sont formulés par les institutions compétentes. Le Président russe Vladimir Poutine a récemment fait une déclaration à ce sujet. Je peux vous répondre par une citation de Paul Craig Roberts, personnalité américaine, économiste, observateur politique et économique pour plusieurs grandes revues américaine. Beaucoup d’entre vous le connaissent. Je rappelle qu’il est républicain, ancien assistant pour la politique économique du ministre américain des Finances sous l’administration de Ronald Reagan (tout le monde se souvient très bien de cette époque). Il a travaillé en tant que chercheur en chef à l’institut Hoover de Stanford, il est aussi ancien rédacteur et commentateur du Wall Street Journal, de Businessweek et d’autres magazines, et avait sa rubrique au Washington Times. Il a noté le 17 juillet sur le site Global Research qu’on pouvait conclure que Washington voulait «parvenir à l’hégémonie aussi bien dans les affaires étrangères que dans le sport» et souhaitait «écarter les sportifs russes pour que les Américains remportent plus de médailles». Selon lui, le scandale de dopage s’inscrit dans le cadre des «efforts continus de Washington d’isoler la Russie et de rassembler une opposition contre le président russe en Russie même». Cet homme a bâti une grande partie de sa carrière, voire sa carrière principale, pendant la Guerre froide. Il sait de quoi il parle. Je pense qu’on peut difficilement dire mieux.

Je suis habituée à l’expression qui nous semblait à tous quelque part amusante, quelque part trop banale: «Ô, sport, tu es la paix!» Maintenant je comprends que nous avions tort de l’utiliser souvent avec sarcasme et humour, sans la prendre au sérieux. Les Jeux olympiques, tout comme de nombreuses épreuves nées à partir des JO, les reprennent sur le fond et sur la forme. Ils sont nés dans l’Antiquité pour donner la possibilité aux gens de montrer ce dont ils étaient capables physiquement, en mettant de côté tous les conflits éventuels. Les guerres s’arrêtaient pendant les Jeux, et sans omettre leurs différends les gens trouvaient la force de se retrouver dans la zone de «trêve». C’est cette logique, qui reposait à la base de la création du mouvement olympique, a toujours été présente dans les documents internationaux réglementant le sport, dans les efforts internationaux entrepris par différents pays sur la scène internationale. C’est cette logique qui reposait à la base de la politique russe en la matière.

Ce qui se passe aujourd’hui dans le milieu du sport (c’est le seul point où je voudrais reprendre Paul Craig Roberts) est une attaque non seulement contre nous mais également contre le sport mondial dans l’ensemble. C’est une atteinte à la logique des trêves temporaires et de l’omission provisoire des différends, un coup à la démonstration du fait qu’en dépit des divergences, des contradictions entre les pays et même des conflits militaires nous avons des zones et des sphères où nous pouvons nous affronter honnêtement, d’égal à égal, en montrant nos capacités et les capacités dont l’homme fait preuve en faisant du sport.

Ce que fait aujourd’hui Washington — entre autres — est tout simplement un crime.  Il y a le crime contre l’humanité – un terme juridique global. Ce que font aujourd’hui les «architectes» de toute cette histoire, de cette campagne – c’est un nouveau type de crime qu’on pourrait qualifier de «crime contre le sport». Ses conséquences doivent être évaluées. Je m’adresse à ceux qui sont derrière cette campagne. Vous n’avez pas évalué les conséquences des interventions et des frappes militaires, et vous en voyez les conséquences aujourd’hui. Vous êtes venus en Irak et avez enfanté Daech. Aujourd’hui vous portez une atteinte capitale au mouvement olympique et au sport. Savez-vous quelles pourraient en être les conséquences?

Autre chose. On peut marquer l’histoire avec des actions dignes, en travaillant de manière constructive et positive, mais c’est un chemin difficile. On peut également entrer dans l’histoire en tant que destructeur, ce qui est bien plus facile. Malheureusement, beaucoup sont fiers d’emprunter ce chemin.

Question: On sait que la Géorgie et cinq autres pays ont décidé de prolonger les sanctions contre la Crimée et Sébastopol. Quelle sera la réaction de Moscou? La Douma d’État russe parle déjà d’interdire l’eau minérale Borjomi, le vin géorgien, etc.
Réponse: Il est impossible d’interdire Borjomi. On peut interdire sa consommation ou autre chose, mais cette eau nous survivra à tous — un véritable slogan de publicité!

Blague à part, nous n’avons jamais recouru à de telles mesures lorsqu’il était question de politique. Bien évidemment, nous avons adopté des sanctions de rétorsion pour réagir à celles décrétées contre la Russie. Mais je pense qu’il n’en est pas question en l’occurrence.

Cette position est regrettable car nous comptions sur une plus grande compréhension de ce qui s’était passé en 2014 en Crimée. Nous espérions que le référendum sur l’avenir de la région aurait une signification non seulement pour les habitants de la péninsule (c’est le cas, allez-y pour en parler avec eux), mais également en tant que facteur global d’expression de la volonté populaire, y compris aux yeux de la communauté internationale.

Question: Vous venez de mentionner une éventuelle réunion trilatérale à Genève la semaine prochaine. Hier, on a également annoncé une réunion à Genève entre des experts russes et américains sur les aspects politiques et militaires de la crise en Syrie. Peut-on considérer ces activités comme s’inscrivant dans les démarches convenues par les chefs de diplomatie de la Russie et des USA à Moscou?
Réponse: Si j’ai bien compris, votre question est de savoir si l’intensification des contacts à Genève sur la Syrie résulte de l’entretien du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov avec le Secrétaire d’État américain John Kerry à Moscou. Bien sûr. Nous avons déjà dit que le principal objectif des ministres était d’intensifier le processus de paix syrien, y compris en apportant une certaine dynamique aux experts qui travaillent à Genève. C’est indéniablement un résultat des accords conclus à Moscou.

Question: Après les événements turcs et à l’approche de la rencontre entre le Président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, comment pensez-vous que les relations russo-turques pourraient influencer la position de la Turquie vis-à-vis de la Syrie?
Réponse: De notre côté, nous ferons tout pour parler de manière constructive avec nos collègues turcs des questions liées au processus de paix syrien, à la nécessité d’un travail commun sur les plateformes internationales et dans le cadre du GISS.

Les questions épineuses dont nous avons informé le Conseil de sécurité des Nations unies, telles que la perméabilité de la frontière turco-syrienne ou l’approvisionnement des rebelles en armes, sont toujours à l’ordre du jour. De notre côté nous ferons tout pour convaincre la Turquie de la nécessité d’un travail constructif sur le processus de paix syrien lors des négociations politiques, tout en améliorant l’atmosphère de nos relations bilatérales.

Quant à ce qu’il faut attendre de la Turquie, il convient d’adresser cette question à Ankara.

Question: Un communiqué a été diffusé indiquant que l’Azerbaïdjan avait accordé à la Turquie deux sites pour ses effectifs, son matériel et ses avions militaires. Les médias azerbaïdjanais ont annoncé qu’il s’agissait, de facto, de l’ouverture d’une base turque en Azerbaïdjan. Bakou a démenti cette version en disant que les discussions portaient sur une coopération et une projection de casques bleus en Afghanistan. Tout le monde s’entend pour dire que c’est un grand pas vers le développement de la coopération militaire et militaro-technique entre Bakou et Ankara. Que pense le Ministère russe des Affaires étrangères du renforcement des positions des militaires turcs en Azerbaïdjan?
Réponse: Je n’ai pas de commentaire concret à faire actuellement. Je peux seulement dire que la coopération militaro-technique nécessite une responsabilité particulière. Nous partirons du fait que dans la situation régionale complexe, les parties feront preuve de responsabilité.

Question: Dmitri Peskov, numéro deux de l’Administration présidentielle et porte-parole du Président russe, a annoncé hier une visite du Président turc Recep Tayyip Erdogan en Russie, dont le lieu et la date n’ont pas encore été précisés. Disposez-vous des informations sur les préparatifs?
Réponse: Je rappelle que tout ce qui concerne les contacts, les négociations et les visites du chef de l’État est commenté par son Service de presse. Le lieu et la date de cette rencontre seront donc annoncés par l’Administration du Président russe.

Pour ma part, je peux dire que le Ministère russe des Affaires étrangères est en contact avec ses collègues turcs. Une réunion au niveau des vice-ministres russes des Affaires étrangères s’est tenue récemment et nous entretenons également nos liens au niveau des représentations diplomatiques. Selon la directive pour la normalisation des relations russo-turques donnée par le Président russe Vladimir Poutine après les excuses d’Ankara pour avoir abattu un avion russe, le processus se déroule assez activement. Nos relations ne s’amélioreront pas en un jour, c’est un processus, mais le travail est en cours.

En ce qui concerne le sommet et les réunions au plus haut niveau: adressez-vous à l’Administration du Président russe.

Question: Les pilotes turcs qui ont abattu le Su-24 russe en Syrie sont actuellement détenus par la Turquie pour avoir participé au récent coup d’État dans le pays. La Russie insistera-t-elle pour qu’ils soient traduits en justice?
Réponse: Depuis le début, nous avons exigé de la Turquie une enquête exhaustive, objective et très sérieuse sur la tragédie qui s’est produite dans le ciel syrien en novembre 2015. Nous partons du fait qu’Ankara, qui plus est après le progrès constructif dans nos relations bilatérales, remplira entièrement tous les engagements qu’il a pris devant la Russie. C’est une question très importante et prioritaire pour nous. Les individus qui ont participé à ces événements, qui étaient directement impliqués dans la mort des militaires russes, doivent subir les sanctions les plus sévères. Cette question reste à l’ordre du jour. C’est l’une de nos priorités.

Question: L’Ambassadeur des USA en Arménie Richard Mills a déclaré que les présidents de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie se rencontreraient en août. Y a-t-il des détails sur le lieu et la date de cette rencontre?
Réponse: Veuillez poser cette question à Bakou et à Erevan. La question relative aux entretiens bilatéraux des représentants de ces pays est commentée directement par les représentants de ces pays.

Question: La visite du Président russe Vladimir Poutine en Slovénie est en cours de préparation. Sait-on qui fera partie de la délégation du Ministère russe des Affaires étrangères?  
Réponse: Je me renseignerai pour pouvoir vous fournir cette information.
Question: En commentant hier la mort de Pavel Cheremet, vous avez déclaré que l’Ukraine se transformait peu à peu en «fosse commune pour journalistes». Cette déclaration a suscité beaucoup d’émotions sur internet. En particulier, l’écrivain Viktor Chenderovitch s’est permis de dire sur Facebook, pour rester poli, que vous étiez «sans scrupule». Avez-vous vu ce commentaire? Si non, pouvez-vous commenter cette réaction négative à votre déclaration?
Réponse: Je n’ai pas compris ce que vous avez demandé. J’ai déjà dit tout ce que je pouvais dire à propos de l’horrible mort du citoyen et professionnel russe Pavel Cheremet. Ce n’était pas simplement une déclaration officielle, mais également des propos très sincères. Ceux qui vont très souvent à contre-courant du mainstream comme lui suscitent le respect indépendamment du fait que nous soyons d’accord ou non avec eux. Leur professionnalisme, la conviction en leur point de vue, appuyé par un travail professionnel, peut et doit susciter le respect. Nous avons dit hier tout ce que nous pouvions dire. Je présente une nouvelle fois mes condoléances à la famille et à toute la communauté journalistique car c’est une très grande perte.

Ce qui se passe avec les journalistes et le journalisme est terrifiant. C’est un signal d’alarme indiquant qu’en Ukraine tout le monde s’est rapproché de la ligne rouge, voire l’a franchi. Le chemin fut court jusqu’à cette ligne: un très grand nombre de journalistes a été tué en deux ans. Vous connaissez les noms des journalistes russes tués. Avant-hier, j’ai accordé une interview sur Vesti-FM à Anna Chafran. Quand je sortais de l’enceinte de VGTRK où se déroulait l’interview, j’ai vu un tableau de commémoration à l’entrée. Devant ce tableau, j’ai revécu ce que nous avons vécu quand tout cela s’est produit. Et le lendemain s’est produite la tragédie avec Pavel Cheremet. Nous étions complètement sous le choc, et c’est peu dire. J’ai parlé et écrit hier à énormément de gens qui le connaissaient personnellement et avaient travaillé avec lui. J’étais en état de choc. Ce sont des choses qui ne pouvaient pas et ne devaient pas arriver.

Le problème est que beaucoup commencent à utiliser ces événements à des fins politiques ou pensent que ce sont des attaques contre l’Ukraine. Mais la question n’est pas là. Malheureusement, l’état actuel de ce pays ne suscite rien d’autre que de la pitié. A l’heure actuelle, il ne faut pas faire quelque chose contre l’Ukraine et ce système, mais pour que les journalistes sur place cessent d’être soumis au danger qui pèse sur eux.

Le Ministère des Affaires étrangères ne fait pas uniquement des déclarations à ce sujet, mais entreprend aussi des démarches concrètes. Nous avons établi un dialogue permanent avec la Représentante de l’OSCE pour la liberté des médias Dunja Mijatovic. Nous citons des faits, des chiffres et des cas concrets de ce qui se passe avec les journalistes en Ukraine. Nous ne le faisons pas pour dire que le pays est mauvais ou que son système l’est. Nous disons qu’il existe des problèmes en Ukraine, notamment celui du respect de la sécurité vis-à-vis des médias. Vous le savez très bien. Je rappelle le marathon annoncé sur Pervy Kanal dans l’émission d’Andreï Malakhov, quand vos collègues avaient été capturés et frappés. C’était l’un des premiers cas de violences. Tout le monde pensait que cela s’arrêterait là car c’était un cas sans précédent (des passages à tabac, des enlèvements et des expulsions). Tout le pays était unanime dans sa volonté d’aider nos journalistes. Mais ce n’était que le début. Nous faisons des déclarations sur chaque cas, nous écrivons des lettres, nous en parlons lors des entretiens. Mais, malheureusement, nous constatons la tendance inverse: au lieu que les autorités nationales garantissent la sécurité, tout va dans l’autre direction.

Ce n’est pas une critique de l’Ukraine, de la dérision ou du snobisme du fait que la situation en Ukraine n’est pas sûre alors qu’elle l’est ailleurs, mais nous soulignons qu’il est nécessaire d’influencer cette situation d’une certaine manière. Car des Russes, des Ukrainiens, mais aussi des journalistes d’autres pays meurent. Nul n’est à l’abri. Ici il est question de l’explosion d’une voiture au centre de Kiev. D’autres personnes et des journalistes auraient pu être présents, Pavel Cheremet aurait pu être accompagné. Il faut tout faire pour que l’enquête sur cette affaire cauchemardesque soit la plus objective et impartiale que possible, et, je me permets de rêver, la plus éloignée possible de la politique. Pour savoir ce qui se trouve réellement derrière tout cela, pourquoi cela a été fait, et en tirer les conséquences. C’est ainsi que je voudrais répondre à votre question, que je n’ai pas tout à fait comprise.

Question: Selon un communiqué parvenu de Turquie il y a quelques heures, le Vice-premier ministre turc a annoncé que les autorités du pays avaient l’intention de suspendre la Convention européenne des droits de l’homme après le décret de l’état d’urgence en Turquie. Que pouvez-vous en dire?

Réponse: Nous pensons qu’après ce qui s’est passé en Turquie, des processus appropriés se déroulent dans ce pays qui, malheureusement, sont visiblement forcés. Mais dans le même temps, comme l’a déclaré le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, il faut avancer sur le plan constitutionnel, rester dans le champ constitutionnel. Cela concerne tous les aspects de la vie de la société turque. Sergueï Lavrov l’a dit immédiatement après les premiers communiqués rapportant la tentative de coup d’État. C’était une position claire et sans équivoque de la Russie, qu’il est possible d’étendre en principe sur tout ce qui se passe dans ce pays. Malgré tout ce qui s’est passé en Turquie, les droits de l’homme sont prioritaires et il ne faut pas s’en détacher.