Commentaires du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, pour les médias russes, suite à la réunion des ministres des Affaires étrangères du « Groupe des huit », Londres, le 11 avril 2013

La discussion, concluant plusieurs mois de travail d’experts pour la déclaration finale des ministres, a été utile. Par tradition, les ministres des Affaires étrangères se réunissent un certain temps avant le sommet du « Groupe des huit », s’accordent et rendent publiques les initiatives relatives aux grandes questions internationales. Cela ne veut pas dire que les dirigeants des pays ne les aborderont pas au sommet. Certes, les problèmes les plus aigus, tels que la situation dans la péninsule coréenne, l’Iran, la Syrie, seront discutés en Irlande du Nord, où se rencontreront les présidents et les premiers ministres, étant donné que beaucoup de temps nous sépare du début du mois de juin.

La position consolidée du « Groupe des huit » sur les affaires internationales est fixée dans un communiqué publié aujourd’hui. Elle présente une approche consensuelle de la situation en Iran, du problème nucléaire de la péninsule coréenne, de la crise syrienne et des conflits en Afrique. Bien sûr, dans un premier temps, les positions en présence étaient significativement différentes. Mais le bon sens et la bonne volonté ont conduit à exprimer une déclaration relatives aux approches générales en ligne avec la nécessité de trouver des solutions politiques et diplomatiques, sans que personne ne soit isolé (que ce soit les conflits en Afrique ou en Syrie), pour que les crises émergentes soient résolues par les ressortissants des pays concernés à travers le dialogue national.

En plus des thèmes géopolitiques — la Syrie, l’Iran, la péninsule coréenne, le Myanmar, pour lequel nous avons appuyé les réformes qui s’y déroulent, l’Afghanistan, le Mali, le Sahara et le Sahel, la RDC – d’autres domaines font partie de notre coopération. Il s’agit de la non-prolifération des armes de destruction massive, de la lutte contre le terrorisme, de la lutte contre la production de drogue. Il est très important que notre initiative, qui a reçu le soutien de la France dans le « Groupe des huit » déplace les priorités du trafic de drogues, qui n’est qu’un symptôme, vers la lutte contre la production de drogue, qui est l’essence du problème.

La déclaration reflète également la sécurité maritime et les aspects liés à l’activité des pirates. En règle générale, ce fut un travail d’équipe tout à fait constructif. Bien sûr, la déclaration n’a pas de valeur juridique, et ne peut pas se substituer aux solutions pratiques et juridiques à toutes ces questions prises, par-dessus tout, à l’ONU et son Conseil de sécurité. Mais je pense cela est utile comme signal et orientation politique.

Nos hôtes britanniques ont fait de la lutte contre les violences sexuelles dans les conflits leur priorité principale. Nous n’y voyons aucun inconvénient. Nous pensons que ce problème existe vraiment, bien que dans le document final, il ait été stipulé qu’il devrait être résolu, tout d’abord, sur la base des résolutions adoptées par le Conseil de sécurité de l’ONU, le Conseil des droits humains et l’Assemblée générale des Nations Unies sur la problématique des femmes et des enfants dans les conflits armés, y compris la violence sexuelle. Des formules appropriées sont utilisées dans les décisions prises à Londres aujourd’hui. Nous avons également souligné une chose importante, la nécessité de ne prêter aucune moindre attention à l’égard d’autres phénomènes négatifs dans le cadre d’un conflit armé. Tout d’abord, tout conflit est une attaque contre le droit humain le plus fondamental, le droit à la vie. Tout le reste est également important, mais c’est le principal. Pendant les conflits, ce sont surtout les populations civiles qui souffrent, elle est telle une « eau boueuse », dans laquelle les terroristes « capturent le poisson », comme nous le voyons tous les jours dans le nord de l’Afrique. Il arrive régulièrement au cours des conflits que soit faite une utilisation disproportionnée des armes. Prenons l’Afghanistan, où les drones bombardent soi-disant les terroristes, mais s’en prennent en fait aux fêtes de mariage, et tuent des personnes innocentes.

Ainsi, en soutenant cette initiative britannique, la Russie fera en sorte que tous les problèmes causés par les conflits restent dans le point de mire du « Groupe des huit » et de la communauté internationale dans son ensemble. Le plus important est non seulement de les conserver en point de mire, mais aussi de combattre les symptômes et d’éliminer la cause. La question de la production de drogue est elle plus importante que celle de son trafic, et l’élimination des conflits, la négociation d’accords aiguillant ces conflits vers un canal politique — plutôt que de lutter contre leurs conséquences — sont une priorité.