Commentaire du ministre des Affaires étrangères de la Russie Sergueï Lavrov à l’issue des entretiens entre les ministres des Affaires étrangères du «Groupe des six» avec la délégation iranienne sur la situation autour du programme nucléaire iranien, Genève, le 24 novembre 2013

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Des négociations très longues et dures sur le programme nucléaire iranien ont pris fin. L’arrangement atteint couronne les contacts de plusieurs années, qui ont connu des hauts et des bas. Mais avec l’arrivée au pouvoir en Iran du nouveau président nous avons senti que les déclarations sur la volonté de résoudre ce problème étaient bien fondées. Cela s’est reflété dans la position de nos collègues iraniens lors de négociations il y a deux semaines, lors de la première réunion à Genève, et pendant ces quelques jours lors de la nouvelle ronde de négociations, dont la dernière étape était assistée par les ministres des Affaires étrangères des six pays qui font partie du soi-disant groupe «trois plus trois».

L’arrangement est atteint, dont l’essence se base sur le concept proposé à l’époque par le Président russe Vladimir Poutine et est fixé dans la conception de la politique étrangère russe. Cela signifie que nous sommes d’accord avec la nécessité de reconnaître le droit de l’Iran à l’énergie nucléaire pacifique, y compris le droit à l’enrichissement, à condition que toutes les questions rélatives au programme nucléaire iranien soient fermées et le programme lui-même sera soumis à un contrôle strict de l’AIEA. C’est le but final, mais il est déjà fixé dans le document d’aujourd’hui.

Il a été convenu qu’il y aurait une première étape vers cet objectif qui prendrait six mois. Pendant ce temps, l’Iran va geler son programme nucléaire, le pays n’ajoutera pas de nouvelles centrifugeuses, ne prendra pas des mesures portant sur la construction d’un réacteur à eau lourde à Arak. Ainsi, la totalité du volume du programme nucléaire de l’Iran, qui est maintenant entièrement contrôlé par l’AIEA, restera le même pour les six prochains mois. Cette mesure vise à renforcer la confiance et permettra à nos partenaires américains et européens de relâcher la pression de sanctions contre l’Iran introduite par des décisions unilatérales en dehors du Conseil de sécurité des Nations Unies. Nous ne les avons jamais reconnus. Probablement il est correct de relâcher la pression sur l’Iran par la levée de ces sanctions unilatérales.

Durant ces six mois le «statu quo» sera respecté. Il a été également convenu que cette période sera consacrée à la poursuite des négociations intenses en vue de parvenir à un accord final sur les paramètres qui seront nécessaires pour les activités nucléaires pacifiques de l’Iran, principalement pour la production de combustible pour les centrales nucléaires, réacteurs de recherche, les réacteurs qui produisent les isotopes à des fins médicales et humanitaires. Les possibilités de l’AIEA à surveiller le programme nucléaire de l’Iran s’élargissent considérablement. Téhéran a accepté des mesures supplémentaires au-delà de celles actuellement appliquées par l’Agence. Je pense que finalement ce sera une victoire pour tout le monde. Tout d’abord, nous supprimons les questions essentielles qui se posent dans de nombreux pays, de savoir si le programme nucléaire iranien est lié aux risques de la prolifération des armes de destruction massive. Désormais, il sera très difficile d’ignorer les faits établis par l’AIEA, et nous avons une certitude complète que l’Iran va coopérer de bonne foi avec l’Agence.

Deuxièmement, bien sûr, suite à cette entente, nous allons très sérieusement renforcer la confiance. La confiance qui nous manque souvent, dont l’absence a donné lieu à des problèmes inutiles supplémentaires au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, dans la région du golfe Persique.

Troisièmement, nous croyons que cette initiative permettra de créer les conditions préalables supplémentaires pour progresser vers l’objectif fixé universellement par la communauté internationale en 2010, à savoir, convoquer une conférence sur la création au Moyen-Orient d’une zone libre d’armes nucléaires.

Ainsi, l’ensemble des facteurs sont en faveur, personne n’a perdu, tous sont des gagnants. J’espère qu’en plus des facteurs positifs que je viens d’énumérer, cet arrangement aura un impact fructueux sur les efforts visant à résoudre le problème syrien et à engager l’Iran dans un travail constructif avec nous tous de tenir une conférence «Genève-2».