Article du ministre des Affaires étrangères de Russie Sergueï Lavrov, «Russie-UE: le temps des décisions», publié dans le journal « Kommersant » le 13 février 2014

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L’année 2014 est pleine du symbolisme historique. Elle marquera le 25e anniversaire de la chute du mur de Berlin, le 75e anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale, le 100e anniversaire de la Première Guerre mondiale. Il semblerait que le continent européen, après avoir passé à travers les épreuves et les erreurs tragiques du siècle précédent, devrait aujourd’hui servir d’exemple de sagesse politique pour d’autres régions qui veulent sortir des conflits profonds et s’engager sur la voie du développement et de la prospérité. Les fondements pour ce processus sont déjà posés : la confrontation idéologique irréconciliable, qui divisait l’Europe au XXe siècle, est restée au passé, et ce sont les principes de la démocratie et de l’économie de marché qui sont reconnus dans l’espace euro-atlantique.

Cependant, ces derniers temps nous observons une tendance à enflammer la polémique. Les médias occidentaux mènent une campagne antirusse, au cours de laquelle ils utilisent la phraséologie dans l’esprit de la «guerre froide». Nous avons entendu les échos de ces jugements à la réunion ministérielle de l’OSCE en décembre 2013, et lors de la récente session de la Conférence de Munich sur la politique de sécurité. Je pense qu’il est temps de comprendre ce qui se passe en réalité.

La situation en Ukraine se trouve maintenant au centre d’une controverse sur la scène médiatique européen. L’accord d’association de Kiev avec l’Union européenne, qui avait été préparé dans le cadre du programme de l’UE « le Partenariat oriental », est devenu « la pomme de discorde ». La décision de reporter sa signature, adoptée par les dirigeants ukrainiens — après avoir analysé les impacts économiques de cet accord — a provoqué une tempête d’émotions négatives de l’UE ainsi que l’activation de l’opposition interne en Ukraine.

Au début les auteurs du Partenariat oriental ont assuré que le projet n’avait pas de composante conflictuelle et qu’il ne visait qu’à aider les pays situés sur le flanc oriental de la Communauté des États indépendants, les soi-disant «pays cibles», à résoudre les problèmes de développement et de modernisation, sans influer sur leurs liens historiques traditionnels avec d’autres pays voisins, dont la Russie. Ils nous ont même parlé de leur soutien aux projets trilatéraux avec la participation de l’Union européenne, la Russie et « l’état cible ». Cependant, ces idées n’ont pas été précisées.

Cependant, peu de temps après, à nos voisins communs avec l’UE, on a posé la question d’une autre manière: il est nécessaire de décider avec qui vous êtes — avec l’Europe ou avec la Russie. Accepter le choix européen signifie de suivre tous les instructions de Bruxelles, même si elles ne sont pas conformes aux engagements existants, y compris dans le cadre de la CEI. Cette approche contredit la logique des actions visant à effacer les lignes de démarcation en Europe, qui est inscrite dans les documents, y compris ceux de l’OSCE, et ressemblent à de nouvelles tentatives pour déplacer ces lignes vers l’Est.

Il est évident que la Russie n’a pas accepté une telle position. Néanmoins, nous avons toujours clairement et systématiquement procédé du fait que le choix du vecteur de son développement, la décision sur la participation à des structures d’intégration est le droit souverain de chaque Etat. Nous n’avons jamais essayé d’imposer quoi que ce soit à quiconque, car nous comprenons que l’intégration ne peut être forte que si elle est fondée sur des intérêts mutuels. C’est notre position à l’égard de l’Ukraine, et nous avons seulement expliqué aux amis ukrainiens que le changement dans les règles économiques du jeu de leur part entraînerait la réponse strictement adéquate de la part de la Russie en pleine conformité avec les normes internationales, y compris les règles de l’OMC.

Nous croyions que le même respect pour la liberté de choix du peuple ukrainien sera manifesté de la part de nos partenaires européens. Et nous étions déçus quand il s’est avéré que dans la compréhension des représentants de l’UE et des États-Unis le choix «libre» des Ukrainiens était déjà fait et signifiait sans ambiguïté « l’avenir européen ». Cependant, les raisonnements que l’Ukraine devrait suivre l’exemple de la Pologne et d’autres pays d’Europe orientale, sont manifestement erronés: personne n’offre à Kiev une réelle perspective d’adhésion à l’Union européenne; il s’agit en fait d’une décision unilatérale dictée par les conditions de Bruxelles y compris l’élimination des obstacles à l’expansion du commerce de l’UE.

Je répète : la décision d’accepter ou de refuser une telle proposition doit être prise par les Ukrainiens. Il est clair qu’une partie de la société peut ne pas accepter la position des dirigeants du pays et le manifester ouvertement, peut demander de la changer. Mais cela doit se passer dans le cadre du droit constitutionnel.

La situation, où la volonté démocratique est remplacée par «la démocratie de rue», quand l’opinion de plusieurs milliers de manifestants qui tentent d’exercer une forte pression sur le gouvernement, est fait passer pour la » voix du peuple «, ne peut pas être considérée comme acceptable. Les émeutes et la violence dans toutes les capitales des pays de l’UE sont perçus comme, en principe, ils le méritent, notamment comme une menace à l’ordre public et au système démocratique. Et la partie russe n’a pas essayé de mettre cette position en question, n’a pas envoyé ses représentants à distribuer des biscuits aux manifestants qui semaient le désordre.

Basculer la situation dans le pays, situé dans le centre du continent européen, ne peut guère répondre à l’intérêt de quelqu’un. Il est impossible de ne pas voir que dans les actions des forces anti-gouvernementales en Ukraine, les mouvements nationalistes et extrémistes se manifestent de plus en plus, la rhétorique antirusse de certains milieux rejoint les appels racistes, antisémites. Cela signifie qu’à côté le gouvernement et les leadeurs d’opposition, soutenus par les pays occidentaux, il y a d’autres forces, qui ne se soumettent à personne et qui ne semblent pas de vouloir respecter les normes civilisées de comportement. Dans cette situation la question de priorités d’intégration se fond dans l’arrière-plan, éclipsé par des slogans radicaux qui n’ont rien à voir avec la culture européenne. Les tentatives de fermer les yeux sur ce qui se passe, en essayant d’ « encadrer » l’image selon le modèle — la «bonne» opposition contre le «mauvais» gouvernement – sont à courte vue, comme, d’ailleurs, toute tentative d’ignorer la réalité et sous-estimer ses propres problèmes, y compris ceux liés à des relations inter-ethniques et inter- religieux. À cet égard, je voudrais rappeler une expression de la sagesse orientale: celui qui habite une maison de verre ne devrait pas jeter de pierres.

Si vous regardez l’histoire de l’Ukraine indépendante, il devient évident que les tentatives de déterminer « d’un seul coup » le vecteur d’orientation des relations extérieures du pays — l’Ouest ou l’Est — se sont toujours soldés par un échec. L’activité de l’équipe du président Viktor Iouchtchenko est une apparente confirmation de cette idée. En fait, c’est la «texture» même de la société ukrainienne qui lui a empêché de faire un pas décisif dans une seule direction. C’était il y a vingt ans que Samuel Huntington a écrit dans son «Choc des civilisations», avertissant que l’effort de clarifier pleinement cette question serait un facteur, déchirant les liens internes au sein de l’Etat ukrainien, avec des conséquences probablement désastreuses pour ce pays.

Compte tenu de tout ce qui a été évoqué, les efforts de décider pour les citoyens de l’Ukraine, quel sera l’avenir de leur pays, et même — qui personnellement sera inclus dans leur gouvernement, semblent absolument futiles. Une telle «ingénierie sociale» donne toujours des résultats plutôt médiocres. Il suffit de regarder les effets de l’ingérence extérieure en Irak, en Afghanistan et en Libye. Le dernier exemple concerne la situation au Soudan du Sud – l’Etat créé en grande partie grâce à l’insistance d’un certain nombre d’acteurs internationaux influents. Et il n’y a aucune raison de croire que « l’exportation de la révolution » en Europe se tournera en quelque chose de plus positif.

Les réflexions sur ce qui pousse effectivement un certain nombre de nos partenaires occidentaux d’adopter obstinément une approche « soit-soit » à l’égard de la situation avec l’Ukraine, d’effectuer ouvertement, sans décence, la ligne sur son inclusion dans son espace géopolitique, mènent inévitablement aux questions fondamentales des relations entre l’UE et la Russie. Il s’avère que, au cœur de la confusion d’aujourd’hui se trouve le manque de clarté quant aux objectifs à long terme de développement des relations entre la Russie et l’Union européenne, ou, comme Javier Solana a dit, le déficit de confiance stratégique. La Russie préconise la création d’un espace économique et humanitaire commun s’étendant de Lisbonne à Vladivostok, qui impliquerait la libre circulation des personnes, le libre échange des biens et services. Une initiative appropriée du président Vladimir Poutine est fixée dans le Concept de politique étrangère de la fédération de Russie. Les dirigeants de l’UE ne partagent cette approche qu’en paroles. Cependant, cela est encore loin de devenir une position majoritaire à Bruxelles.

Il est évident que la transition vers le plus haut niveau de partenariat ne peut être réalisée que sur la base de l’égalité, du respect mutuel et des intérêts communs. En même temps, l’approche de l’UE garde une tendance à construire les liens avec ses voisins sur la base unique, ayant pour le but de rapprocher ces pays aux normes de l’UE, et les faire avancer dans le cadre de la politique de Bruxelles. Mais la Russie ne s’est pas fixée un objectif d’adhésion à l’Union européenne, donc la coopération entre les deux plus grands acteurs de l’espace européen ne peut être que sur un pied d’égalité. Nos partenaires de l’Union européenne doivent prendre pleinement en compte le fait que dans l’Eurasie un projet d’intégration à grande échelle est en cours, qui a été développé compte tenu des possibilités de son harmonisation avec les processus d’intégration dans l’UE, comme un lien entre l’Europe et la région Asie-Pacifique.

Bien entendu, la tâche du rapprochement qualitatif entre l’Union européenne et l’Union économique eurasiatique émergente (UEEA) ne peut pas être accomplie du jour au lendemain. Mais nous sommes convaincus que le mouvement dans cette direction est un objectif réel et réalisable, car les deux modèles d’intégration sont construits sur des principes similaires et sont basés sur les règles de l’OMC. C’est pourquoi le président Vladimir Poutine, lors du récent sommet UE-Russie à Bruxelles, a proposé d’étudier la possibilité de former une zone de libre-échange d’ici 2020 entre l’Union européenne et l’UEEA. Nous nous félicitons de l’accord sur la tenue d’une analyse dépolitisée des processus d’intégration dans l’UE et l’Eurasie.

Le potentiel du partenariat entre la Russie et l’Union européenne est énorme. Dans nos pays, dont la superficie est plus de 21 millions de kilomètres carrés résident environ 650 millions de personnes. Nous sommes unis par la complémentarité et de l’interdépendance des économies et des racines culturelles communes. La Russie fournit à l’UE un tiers de ses besoins en pétrole et en gaz naturel, près d’un quart en charbon et produits pétroliers. L’Union européenne n’a pas d’autre partenaire capable de fournir un approvisionnement stable en quantités requises. La combinaison de la technologie, des ressources et du potentiel humain pourrait donner un élan puissant au développement de la Russie et de l’UE, renforcer de manière significative sa position dans le monde actuel hautement concurrentiel.

L’élaboration sur cette base de la vision commune du développement des relations, permettrait, sans doute, à régler les questions qui surgissent inévitablement et continuerons à surgir dans la coopération bilatérale. Et ce qui n’est pas le moins important — une approche de collaboration envers l’avenir de notre continent aiderait les pays, situés entre la Russie et l’UE, à développer la coopération avec ses voisins de l’Ouest et de l’Est beaucoup plus confortablement dans l’environnement sans conflit. Ça va de soi que la création d’un espace économique commun, qui s’étend de la pointe occidentale de l’Europe à l’Extrême -Orient russe, prévoit une participation dans le travail de nos partenaires dans l’est de la CEI.

Les stéréotypes d’une époque passée continuent d’empêcher à certains acteurs de l’UE d’envisager l’avenir des relations avec la Russie dans le XXI siècle. En même temps, il est important de comprendre que la réconciliation germano-russe n’est pas le phénomène moins significatif pour l’Europe, y compris en termes de son impact sur l’évolution de la situation sur le continent, que la création du tandem franco-allemand à l’époque. Et la recherche de nouveaux horizons stratégiques de la coopération entre la Russie et l’UE pourrait être, comme on dit, un facteur qui change les règles du jeu dans notre intérêt commun.

Cependant, à ce jour nous nous heurtons de plus en plus à l’évidence de l’absence des orientations claires à long terme sur le règlement des questions liées à l’évolution des évènements sur notre continent. Nous avons l’impression que nos partenaires occidentaux agissent souvent par réflexe, guidés par un principe simple « ami ou ennemi » ils ne réfléchissent pas à des conséquences de leurs actions à long terme. Je pense qu’en tout cas le « bras de fer » primitif entre l’UE et la Russie ne peut pas répondre aux réalités des relations internationales de plus en plus complexes, est indigne d’une expérience politique et diplomatique énorme acquise au fil des siècles par les puissances européennes.

Ces derniers temps nous entendons les arguments, y compris dans le contexte de la situation ukrainienne, que ce n’est pas un bon moment pour fixer des objectifs de grande envergure dans les relations entre la Russie et l’UE. On se réfère également au fait que la mise en œuvre de plans visant à créer une zone de libre-échange entre l’UE et les États-Unis dans le cadre du partenariat transatlantique commercial et d’investissement fait pour les pays de l’UE moins urgent la mise en œuvre de grands projets de modernisation avec la Russie. Bien sûr, chacun décide pour lui-même. Mais il est peu probable que l’approfondissement de la coopération entre les pays de l’Ouest sera en mesure de remplacer la nécessité pour le développement actif des relations avec d’autres partenaires. Aujourd’hui, dans le monde interdépendant, la création des oasis de bien-être détachés du reste du monde est une tâche difficilement réalisable, et cela s’applique à la fois aux aspects militaire et politique, ainsi qu’aux questions économiques. Surtout quand on considère que l’Europe d’aujourd’hui n’est pas le centre de l’économie et de la politique mondiale et doit tenir compte de la montée d’autres centres de pouvoir et d’influence.

Le point de vue qu’un véritable partenariat avec la Russie est une condition préalable pour surmonter la crise, assurer le développement économique et renforcer l’influence politique de l’Union européenne, est aujourd’hui partagé par de nombreux hommes politiques et des experts de l’UE. A cet égard je voudrais me référer à l’avis exprimé dans le rapport de la Commission des affaires européennes du Sénat français, réalisé en décembre 2013: «La priorité consiste à établir un partenariat stratégique axé principalement sur le développement de la coopération économique. Ses participants confirmeraient ainsi leur interdépendance. L’Union européenne devrait jouer un rôle clé dans la modernisation de l’industrie russe et la mise en œuvre des projets de réinstallation russes de territoires de l’Est de la Russie ».

L’histoire de l’Europe montre clairement que la paix et la stabilité sur le continent étaient assurées dans les périodes où la Russie participait activement dans les affaires européennes, tandis que les tentatives d’isoler notre pays faisaient actionner les processus menant à des catastrophes et des guerres mondiales.

La philosophie de collaboration constitue le fondement de la doctrine de la politique étrangère de la Russie. L’affaiblissement de la coopération et la croissance de l’isolement n’aideront pas à faire face aux défis communs, qui, malheureusement, deviennent de plus en plus nombreux, notamment les foyers de l’extrémisme et du terrorisme émergents ici et là, les vagues de l’immigration clandestine, le danger croissance des conflits interreligieux et les tensions inter- civilisationnels.

Sans aucun doute, la reconnaissance mutuelle de l’importance de poursuivre le rapprochement entre la Russie et l’UE aiderait à résoudre les problèmes de longue date dans le domaine de la sécurité. Dans un environnement où la confrontation militaire en Europe est devenue impensable, la réalisation des principes de sécurité égale et indivisible dans la région euro-atlantique devrait refléter le paysage géopolitique fondamentalement changé au cours des dernières décennies, témoigner du franchissement définitif de la courbure temporaire de l’espace historique, qui a divisé l’Europe en l’Est et l’Ouest. Il est temps de mettre en pratique les décisions adopté à l’OSCE et au Conseil OTAN-Russie sur la création de l’espace commun euro-atlantique de la paix, de la sécurité et de la stabilité. C’est la seule façon de s’assurer que la chaîne de courte vue des actions irresponsables ne provoque pas, comme en août 2008, la crise dans la politique européenne.

Les valeurs communes doivent servir de base dans la construction de la maison européenne commune. Cependant, il est nécessaire de s’entendre sur ce qu’elles représentent et qui les définit. Nous croyons que ces valeurs doivent être le produit d’un commun accord et pas l’invention d’un Etat ou un groupe de pays. Ensemble de valeurs fondamentales, sur lesquelles pourrait s’appuyer la coopération européenne, est formulé dans les documents de l’ONU, de l’OSCE, du Conseil de l’Europe. La société est un organisme vivant, et ses valeurs peuvent changer lors de son développement. Beaucoup d’approches, adoptées aujourd’hui au sein de l’Union européenne, étaient considérées comme inacceptables dans les mêmes pays il y a seulement 20-30 ans. J’envisage notamment le relativisme moral, le laxisme et l’hédonisme, le renforcement de la position de l’athéisme militant, le rejet des valeurs traditionnelles, qui pendant des siècles ont été le fondement moral du développement humain. Et ces attitudes sont avancées avec une insistance messianique au sein de ses propres pays, ainsi que dans les relations avec ses voisins. Je tiens à rappeler à cet égard que les principes de la démocratie sous-entendent principalement le respect des opinions des autres. Tout le monde devrait reconnaître que les peuples européens, se mettant d’accord sur les valeurs de base, y compris le respect des fondements démocratiques de l’organisation de la vie sociale, les droits de l’homme et les libertés fondamentales, doivent en même temps se donner mutuellement le droit de rester différents, à préserver leur identité culturelle — en pleine conformité avec les conventions universelles et les déclarations des droits de l’homme.

Nous pouvons dire que les relations entre la Russie et l’Union européenne sont parvenus à un moment de vérité. Afin de construire la coopération cohérente et ciblée, nous devons comprendre si nous avons vraiment l’intention d’aller vers la réalisation des objectifs ambitieux d’un véritable partenariat stratégique. Sinon, nous allons continuer à trébucher à chaque pas sur l’absence de lignes directrices claires. Les guerres informatiques ne vont pas aider dans ce cas-là, nous avons besoin d’un véritable leadership et de la sagesse politique.