Interview de l’Ambassadeur Mark Entin pour le journal Paperjam

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«Protéger les projets avec la Russie»

Les relations économiques entre l’Union européenne et la Russie, et plus particulièrement avec le Luxembourg, sont mises en péril à cause des tensions en Ukraine. paperJam consacre un article à ce sujet dans son édition du mois de mai, parue ce jeudi. Dans le cadre de sa préparation, une interview avec l’ambassadeur de Russie au Grand-Duché avait été réalisée, le 3 avril. Voici son contenu in extenso.

Par : Pierre Sorlut
Mis à jour : 11.04.2014 12:20
Mark Entin, ambassadeur de Russie au Luxembourg.

Mark Entin, ambassadeur de Russie au Luxembourg.

(Photo: Luc Deflorenne)

Monsieur Entin, dans quelle mesure les relations entre la Russie et l’Union européenne, et plus particulièrement le Luxembourg, vont-elles souffrir avec la crise ukrainienne?

«Il ne faut pas être dupe. Les événements en Ukraine vont avoir des conséquences sur le long terme. Jusqu’à maintenant, on n’a fait que dire que la Russie était responsable, mais on doit comprendre quelles sont les racines de la crise. L’opposition a pris le pouvoir avec l’aide des forces extrémistes, nationalistes. Au lieu de chercher la conciliation entre les différentes forces politiques, l’Ukraine est passée par la voie illégitime. Et cette situation a créé un danger pour une grande partie de la population du pays.

On a essayé de transformer cette crise entre l’Ukraine et la Russie en crise entre l’UE et la Russie. Au lieu de travailler ensemble à trouver une solution au conflit. On a manipulé les consciences pour faire du partenaire russe un ennemi contre lequel il faut prendre des mesures. Cela rend la coopération dans tous les domaines plus difficile. Après le coup d’État, il y avait sur la table les propositions de la Russie. Celles-ci ont été ignorées à l’ouest.

Pourquoi être intervenu en Crimée?

«Le nouveau gouvernement s’est montré belliqueux à l’égard de la Russie. Sans notre intervention, les conséquences auraient pu être bien plus néfastes pour toute cette population. On a juste demandé de désarmer les milices et d’assurer la sécurité de cette population qui nous est chère.
On doit poursuivre la mise en œuvre de mesures visant à atteindre les buts prioritaires, tels que garantir les droits des minorités ethniques et les droits linguistiques, s’atteler à la tâche du désarmement des forces en situation irrégulière et des provocateurs, ainsi que de mettre en œuvre un processus participatif de réforme constitutionnelle et d’organiser des élections libres et équitables sous une supervision internationale objective. Nous ne voulons pas avoir au sein de l’Europe, sous le couvert de valeurs prétendument européennes, un régime qui est en guerre contre une partie de sa population. Nous croyons que la solution est la fédéralisation du pays.

Pourquoi privilégier la voie du fédéralisme?

«Nous sommes convaincus que la fédéralisation est un élément capital, parce que la chose la plus importante est d’assurer l’unité de l’Ukraine en respectant les intérêts de toutes les régions du pays sans exception. En effet, l’Ouest, l’Est et le Sud professent des valeurs assez contradictoires. Pour que ce pays fonctionne comme un seul État, il faut trouver un compromis entre toutes les régions, sans exception, qui font actuellement partie de l’Ukraine. Nous sommes d’avis que, de toute manière, c’est aux Ukrainiens qu’il appartient de traiter tous ces dossiers. Personne de l’extérieur ne saurait imposer un mode d’opération particulière. Mais les Ukrainiens doivent veiller à assurer un caractère participatif et complet à travers un dialogue où toutes les régions et les forces politiques de l’Ukraine, sans nulle exception, auront une voix équitable et seront en mesure de s’entendre sur les traditions politiques, économiques, financières, sociales et religieuses qu’il convient de respecter spécifiquement dans les différentes régions du pays, de telle sorte qu’il reste uni et représentatif de la totalité du peuple ukrainien.

Nous sommes profondément convaincus qu’à cette fin, les autorités actuelles à Kiev devraient offrir à toutes les régions de participer dans le processus de réforme constitutionnelle sur un pied d’égalité.